• 11. Lettre du 1er août 1935

    DU COURRIER PROVENANT DE SABARA...

     

     

    Une lettre envoyée à Joséphine...

     

     

    COMPANHIA SIDERURGICA                                                                                                                 VIA AÉREA

             BELGO MINEIRA

       END. TELEG. BELGOMINEIRA - SIDERÚRGICA

                     ______________                                                         Sabará (Siderurgica),

         USINA DE SIDERÚRGICA                                                 (RAMAL DE SANTÁ-BARBARA)

     

     

    Sabará, ce 1er août 1935


    Chère Joséphine,


    Je suis en retard de quinze jours à peu près dans mes correspondances. J'étais sans papier pour la poste aérienne. J'en avais demandé à Sabará, il y a un mois ; on me l'avait promis mais il n'arrivait pas. Sur rappel de l'ingénieur dirigeant les travaux du Rio-de-Taquarassu où je fais le montage, j'en ai reçu quelques feuilles et une enveloppe. J'aurai des enveloppes quand je retournerai un jour à Sabará.


    D'abord, tout va bien. La santé toujours bonne, un beau temps, seulement refroidi le matin surtout et le soir. Nous avons eu la première pluie depuis mon départ de Rio de Janeiro le 25 mai dernier où il pleuvait ferme le soir de mon départ. Il a plu vendredi, samedi et dimanche toute la journée. Ici pas de pluie sans orage. J'ai reçu des lettres de Floreffe : celle du 19 juin m'est parvenue le 12 juillet - une carte d'Arthur d'Ettelbruck (1) du 29 juin et arrivée ici le 24 juillet. La lettre d'Arthur avec la description de son voyage dans le Grand-Duché du 6 juillet est arrivée ici le 27 juillet. Ta lettre du 12 juillet m'est parvenue le 29 juillet.


    Merci pour toutes les nouvelles. Je suis heureux d'apprendre que tout va bien et que les affaires d'Alphonse prennent de l'extension (2).  Je ne puis assez insister sur la prudence avec sa moto. Ce sont des dangereux bidons (3).  J'espère recevoir bientôt les résultats des gaillards (4). Je pense que nous pourrons être satisfaits. 


    Ici, on ne connaît qu'une chose : le travail.  Après tout, c'est ce qui est le plus attrayant. La première machine est montée, la deuxième le sera dans quelques jours et j'espère que la numéro 3 suivra le même train de sorte qu'il se pourrait que je rentre avant mes prévisions. Mais il y a un "mais" dans l'histoire : le barrage de la rivière n'est pas encore terminé, ni la conduite en béton et en fer. De plus, la partie électrique, tableaux et appareillage, rien n'est commencé. Bien que ceci ne me regarde pas, il n'y a d'essais possibles que quand tout est en règle. Je constate que l'on veut avaler Dieu et diable à la fois et que plutôt d'avancer, on recule pour ainsi dire sur place. Figure-toi que dans la centrale où je travaille, il n'y a encore ni porte, ni fenêtre. On bétonne, on mine, on terrasse de tout côté. Une situation pareille en Belgique, les A.C.E.C. feraient arrêter les travaux le premier jour. Bref, je fais pour un bien. Fera mieux qui pourra et sitôt fini, je compte rentrer. Rien d'autre au tableau qu'on est ici si loin du reste de l'univers. Cela ne va pas plus mal pour cela.


    4 août -


     

    11. Lettre du 1er août 1935


    Contrairement à mes prévisions, je suis venu passer le dimanche 4 août à Sabara. Nous sommes partis de Taquarassu hier soir vers 7 h 30 et arrivés à Sabara vers 10 heures. Un voyage de septante kilomètres à travers monts et vallées, des parties de forêts vierges. C'est assez original la nuit. Il n'y a rien de spécial ici mais cela change un peu le tempérament. On se rapproche un peu de la civilisation. Bien que là-bas sur les travaux, le personnel est très bien, poli et serviable mais novice dans ce genre de travaux. Je suis seul, sans interprète et sans personnel compétent. Tu vois comme c'est amusant. Néanmoins cela marche, il le faut bien. Ce n'était pas dans ces conditions que le travail était prévu aux A.C.E.C. J'avais surtout insisté sur ces deux conditions, personnel et interprète compétents. La bonne foi des A.C.E.C. a été surprise et en partant, la mienne aussi car je serais parti de Belgique avec une équipe. Bref, le vin est tiré, il faut le boire.

    Nonobstant ces imprévus, cela marche et à tel point que, sauf accroc ou imprévu, le délai prévu par les A.C.E.C. et la direction de la Belgo-minière de Luxembourg sera respecté, même avancé. 


    J'espère que ma lettre vous trouvera tous en bonne santé et que tout marche bien. J'espère que les vacances se passeront bien et que les gaillards ainsi que 'Petite Bucke' (5) s'amuseront bien, ne se disputeront pas trop et surtout qu'ils travailleront aussi, revoir ce qu'ils ont appris, travailler à se faire la main dans le métier et préparer ce qu'ils ont à voir. J'espère qu'ils mettront mes recommandations en pratique et que tu n'auras pas de plaintes à me communiquer à mon retour. 


    Il est minuit. Je termine dans l'espoir de vous revoir tous bientôt. 


    Bien des compliments à toute la famille,

    vous embrassant tous de loin,

    tout à toi,


    (signé) Arthur LIENART.



    ____________________________________________



    Notes


    (1) Ettelbruck est une petite ville du Grand-Duché de Luxembourg. Je ne sais pas pourquoi le fils d'Arthur voyage au Grand-Duché. Peut-être lors d'un voyage scolaire ? Arthur fils est alors âgé de 16 ans.


    11. Lettre du 1er août 1935

     











    (2) Rappelons que le fils aîné Alphonse est docteur en médecine dans la rue de la Gare à Floreffe. Il commence son métier et lorsque son père indique que ses affaires prennent de l'extension, il faut entendre qu'il commence à être connu et que le nombre de ses patients augmente...


    (3) Dans une précédente lettre, Arthur avait déjà exprimé ses craintes quant à l'utilisation d'une moto pour faciliter les consultations médicales de son fils Alphonse. Il dévoile une nouvelle fois sa méfiance face à ce moyen de locomotion...


    (4) Les 'gaillards' sont Albert, Arthur et André. Les deux premiers semblent avoir vécu une scolarité houleuse...


    (5) La 'Petite Bucke' était le surnom donné par Arthur à la petite dernière de la famille, Marie-Henriette. 'Petite Bucke' deviendra vingt et un ans plus tard ma maman.


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