• 11. Mon ami Saint Nicolas

    SÉQUENCES DE VIE (11)                           (article publié le 6 décembre 2015)

     

     

    MON AMI SAINT NICOLAS

     

     

     

    Aujourd'hui, c'est la fête de Saint-Nicolas et je ne peux m'empêcher de me souvenir de celui que nous appelions le 'Grand Saint' et qui a rythmé le merveilleux de mon enfance.

     

    11. Mon ami Saint Nicolas 

    (détail d'une carte postale ancienne)

     

    Je vous entends déjà rire et me souffler à l'oreille que je n'ai plus l'âge de penser à ce vénérable vieillard barbu. Mais, c'est ainsi... Chaque année, à la même époque, de vieux souvenirs familiaux rejaillissent du plus profond de ma mémoire et viennent quelque peu émailler la nostalgie des jours qui passent. Cependant, je vous dirai que c'est humain et que si vous vous moquez gentiment, je suis sûr que vous aussi, vous éprouvez de temps à autre quelque sentiment issu d'un passé paisible enfoui sous un présent trop stressant.

     

    Aujourd'hui donc, je me surprends à revoir quelques scènes d'une jeunesse heureuse encadrée par des parents attentionnés et généreux. 

     

    Prenez donc un peu de temps pour que je puisse vous conter tout cela !

     

    La fête de la Saint-Nicolas de mon enfance commençait vers le quinze novembre. Le premier signe annonciateur de cet événement se matérialisait dans l'étalage de la papeterie-librairie Dache sur la Place Communale de Floreffe. Là apparaissaient les nouveaux jouets et livres du moment, mis en évidence avec savoir et intuition par le malicieux Albert Dache qui n'avait pas son pareil pour susciter envies et désirs quand, à l'heure de l'école, nous passions devant son magasin.

     

    11. Mon ami Saint Nicolas

    A Floreffe, sur la Place Communale de mon enfance...

    (carte postale ancienne)

     

    Durant trois semaines, les conversations dans la cour de récréation étaient centrées sur ces nouveautés. Pour les garçons, c'était la période des Matchbox ! Cette entreprise britannique fabriquait avec amour de belles miniatures des voitures que nous voyions passer 'en vrai' sur nos routes. Les posséder à notre âge, c'était déjà en quelque sorte les conduire ! Je me rappelle surtout d'une Ford Mustang rouge. J'en ai rêvé durant des nuits ! Elle brillait par sa beauté mais également par ses performances techniques. Voyez plutôt : une petite pression sur l'essieu avant et hop ! le capot avant s'ouvrait comme par magie, dévoilant un moteur complexe et puissant. Deux portières et le capot arrière étaient également mobiles... Avec une pareille merveille, les voyages aventureux avec les copains devenaient possibles !

     

    Mais la révélation suprême, c'était ce grand camion muni d'une remorque. Ah, celui-là, il me le fallait à tout prix ! Le soir sur les longs meubles de la cuisine, je m'inventais des chantiers. Je chargeais alors mes camions avec tout ce que je pouvais. A coup sûr, ce camion-là allait enfin faire de moi un chef d'entreprise puissant et respecté.

     

    11. Mon ami Saint Nicolas

    Le camion de mon enfance... retrouvé par magie sur le Net !

    (source : www.car-collector.net)

     

    Mais une question angoissante venait troubler mes rêves... Ce bon Saint-Nicolas allait-il m'octroyer tous ces cadeaux ? Mes parents m'avaient si souvent rappelé à l'ordre. Je les entends encore : "Si tu n'es pas sage, Saint-Nicolas ne passera pas !".

     

    Mais, finalement, étais-je vraiment sage ? Souvent, je me suis posé la question... Aujourd'hui encore, je ne pourrai franchement pas l'affirmer.

      

    A la fin du mois de novembre, mes parents m'emmenaient voir Saint Nicolas à Namur. Nous n'avions pas d'automobile. Il fallait donc s'y rendre en train. Le voyage faisait partie de la fête. Le Bon Saint semblait hanter les grands magasins situés non loin de la gare : les Galeries Wérenne près du passage du même nom et les Galeries Anspach où le Saint me paraissait plus aimable et plus tolérant qu'ailleurs.

     

    11. Mon ami Saint Nicolas

    (détail d'une carte postale ancienne)

     

    Il est grand temps de vous avouer que j'avais peur de Saint Nicolas. Quand j'analyse ces peurs aujourd'hui, je sais que trois faits m'épouvantaient.

    Le premier, c'était de répondre avec franchise à la fatidique question "As-tu été sage ?"... Si, dans un grand élan d'honnêteté, je lui répondais négativement, c'en était fini de tous mes voyages au volant de ma Mustang, c'en était également fini de ma vocation de grand chef d'entreprise... Alors, je redoutais le triste moment où un petit oui sortait timidement de ma bouche... Saint Nicolas avait alors un grand sourire et, craintivement, je levais les yeux vers mes parents qui, percevant ma gêne, souriaient avec commisération.

    Une deuxième chose m'inquiétait : c'était la présence du Père Fouettard. Ce grand gaillard qui ne disait jamais rien allait-il percevoir que je mentais ? Qu'allait-il donc m'arriver ?

    Le dernier problème était celui de la présence d'un photographe qui allait fixer - pour toujours peut-être - un moment crucial de ma vie de jeune enfant...

     

    11. Mon ami Saint Nicolas

    Moi et ma sœur Anne-Marie devant le Grand Saint (1962).

    (archives familiales)

     

    La soirée du cinq décembre était un grand moment de tension. A la fin du repas, il arrivait souvent que le Grand Saint (ou un de ses nombreux acolytes) lance dans notre petite cuisine quelques poignées d'amandes, de noix et de noisettes. Il fallait être prudent car si ces fruits secs sont bons pour la santé, ils sont étonnamment durs quand on les reçoit sur la tête... Ensuite, excités par ces manifestations magiques, mes sœurs et moi disposions assiettes et souliers devant la grande cheminée du salon. Et, pour être sûrs d'amadouer Saint Nicolas, nous lui offrions une carotte pour son pauvre âne... La Grande Nuit du travail de Saint Nicolas pouvait débuter.

     

    11. Mon ami Saint Nicolas

    (détail d'une carte postale ancienne)

     

    Inutile de vous décrire le lever du jour du six décembre ! Nous étions énervés à l'extrême... Plus rien d'autre ne comptait que la découverte de nos cadeaux. Mille questions traversaient nos esprits en dévalant l'escalier de la maison familiale.  Avait-il répondu à nos demandes ? Avions-nous finalement été assez sages pour mériter quelque récompense ? 

    Nous allions le savoir dans un instant...

     

    11. Mon ami Saint Nicolas

    (détail d'une carte postale ancienne)

     

    Me voici propriétaire d'une belle Mustang ! Comme j'avais hâte de faire une promenade sur les meubles de la cuisine ! Elle roulait à merveille. Elle devait certainement être plus rapide que les voitures de mes amis... Mais, avec les copains, nous en reparlerions plus tard dans un coin discret de la cour de récréation de l'école du village !

    Me voici également devenu un grand chef d'entreprise ! Pour montrer mon nouveau statut, je m'empressais d'écrire sur des petits morceaux de papier les mots suivants : TRANSPORT JEAN - ERNAGE. Je collai ensuite ces indications sur les bennes de mon camion et sa remorque. Mais, diriez-vous, pourquoi Ernage ? Je puis m'en rappeler aujourd'hui : un jour, un gros camion était passé devant moi dans un bruit infernal et m'avait impressionné... J'avais lu sur sa benne qu'il venait du village d'Ernage non loin de Gembloux... Comme j'aimais la consonance du nom , celui-ci était donc tout désigné pour installer ma nouvelle entreprise.... Mon Dieu, que j'étais fier ! Et là-bas, au fond du salon, mes parents souriaient avec douceur, apaisés d'avoir contribué à mon bonheur du jour.

     

    En vieillissant, je t'ai oublié, Grand Saint Nicolas... Bien plus tard, un professeur de philosophie m'a rappelé ton existence lors d'une question d'examen : "Les enfants d'aujourd'hui doivent-ils encore croire à Saint Nicolas ?"

     

    11. Mon ami Saint Nicolas

    (détail d'une carte postale ancienne) 

     

    Je ne sais plus trop ce que j'ai répondu mais une chose est certaine : la question reste posée aujourd'hui dans notre monde où l'esprit du scientifique a pris le pas sur l'esprit du religieux, où l'agressivité du fantastique a gommé la poésie du magique et où la dureté des peurs domine effroyablement la douceur des tolérances.

     

    Continue d'exister, ô Saint Nicolas !

    Par ta magie, sache apaiser les Humains qui n'ont plus de limites morales et consoler ceux qui sont déracinés par la haine !

     

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    Jean SANDRON - FLOREFFE (BELGIQUE) - Ce dimanche 6 décembre 2015

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