• 13. Les 11, 12 et 13 décembre 1922

    LE VOYAGE D'ARTHUR LIENART EN CHINE (13)

     

    Les 11, 12 et 13 décembre 1922

     

     

    11 décembre.


    La chaleur est toujours aussi accablante. C'est du reste la caractéristique du climat de la mer Rouge. Emprisonnée entre les déserts de l'Arabie du côté asiatique et le désert de Lybie du côté africain, le vent qui y souffle de n'importe quel côté qu'il vienne est toujours chaud, de sorte que la température y est toujours très haute.


    Le pays est toujours rocheux et sablonneux, dépourvu de toute végétation. La mer est à la merci des requins qui y pullulent. Ces monstres appartiennent à l'ordre des cétacés (1), sont très voraces et suivent les bateaux en bandes. Jusqu'à présent, je n'en ai pas encore aperçu. 


    Le déchargement est terminé à 3 heures ½. A 6 heures, on doit lever l'ancre pour le départ. Quelques passagers descendent encore vers 3 heures ½, au grand mécontentement du commandant qui voudrait partir sitôt étant prêt. A 4 heures retentissent trois coups stridents de la sirène, annonçant le départ. De quart d'heure en quart d'heure, la sirène retentit finalement au quart avant six heures. Ils s'amènent et sitôt rentrés à bord, on lève l'ancre et le bateau prend le large.  Nous avons le vent de côté de sorte qu'il tangue légèrement. Bientôt Port-Soudan se confond à l'horizon et disparaît dans la nuit tombante. Au loin, dans la direction du Nord, un phare projette ses clignotements lumineux sur une grande étendue.


    12 décembre.


    Pendant toute la journée, il fait une chaleur tropicale, malgré le vent assez fort de l'Est. La côte africaine est presque continuellement en vue. Nous nous trouvons dans la région des petits îlots bas et sablonneux où l'on pêche les huîtres perlières.  Nous serons devant Massawah (2) vers 1 heure du matin, mais ne pouvant rentrer qu'au jour naissant. Plusieurs bateaux se croisent faisant route pour l'Europe, notamment le courrier postal.


    13 décembre.


    Ce matin à 6 heures ½, le bateau accoste au quai. C'est ici la même vie, le même remue-ménage qu'à Port-Soudan mais avec ceci de particulier que la civilisation n'a pas progressé comme là-bas.


    13. Les 11, 12 et 13 décembre 1922









    Massawa : caserne italienne.


    Massawah est une possession italienne de la côte d'Afrique. C'est le port d'entrée et de sortie de la colonie. On y exploite depuis peu des gisements de sels potassiques. Depuis sur le Nil, on procède aussi à des barrages pour les irrigations. Il y a la capitale et ville principale, Asmara reliée à Massawah par un chemin de fer.


    13. Les 11, 12 et 13 décembre 1922















    Massawa : palais du gouverneur italien


    Sept passagers descendent ici. Le port n'est pas trop mal, surtout très bien situé, mais non outillé. Il y a ici une puissante station de T.S.F.(3).  Les italiens sont un peu arriérés, comme nous. Il leur manque les fonds. Malheureusement la ville plus grande et pas trop mal bâtie a été démolie aux ¾ dans le courant du printemps dernier par un tremblement de terre (4). Même cette nuit, quelques secousses sismiques sans importance se sont faites sentir.


    13. Les 11, 12 et 13 décembre 1922












    Toute la population grouille dans les rues où se trouvent beaucoup d'échoppes et de magasins, cuisines, fumoirs publics, etc. Tout y est pêle-mêle, hommes, femmes, enfants, poules, chiens, baudets, etc.  Et par cette chaleur, il n'y sent pas la rose. Je parcours la ville de jour encore, où on vous offre toutes sortes de choses, des articles divers, du vin, des perles, des coquillages, des colliers en ivoire, des oeufs de poule, des coqs, des petites chèvres, des petits moutons, des peaux de léopard non préparées, etc. mais toujours ils y connaissent la valeur des choses et ils ne se retiennent pas.


    Je me suis trouvé aussi avec un compagnon de voyage suisse d'origine, qui se rend à Malacca, dans une mosquée mulsumane qui par son originale construction avait éveillé notre attention. Sans autre préambule, nous y pénétrons... Figurez-vous une petite cour de ferme, se composant de l'habitation principale, de deux petits murs de clôture sur les à-côtés et en face de l'habitation une espèce de hangar où l'on pourrait loger quelques petites charrettes et ouvert de tous les côtés. Au fond à droite, une petite coupole, disposée à l'intérieur en chambres, contenait une espèce de sarcophage. Le milieu de la soi-disant petite ferme, au lieu d'y trouver le fumier comme chez nous, c'est une cour proprette qui contraste singulièrement avec l'ensemble.


     

    13. Les 11, 12 et 13 décembre 1922

    Keren : la prière du Ramadan. Vingt ans plus tard, la ville de Keren sera

    le théâtre d'une bataille entre les troupes italiennes et britanniques.


    La curiosité nous pousse à voir ce que c'est et bravement nous entrons. A peine arrivés sous le hangar, nous entendons des voix qui nous appellent avec des grands signes d'effroi. Nous faisons la sourde oreille et nous continuons nos explorations pendant que quelques arabes se démènent comme des diables dans un bénitier. Nous sortons, n'ayant rien remarqué de particulier et nous leur demandons sans qu'ils nous comprennent, la cause de leur effroi. Avec des gestes désespérés, ils nous font comprendre que nul ne peut entrer dans le temple du dieu de Mahomet sans se déchausser (5). Ce que évidemment il n'entrait nullement dans nos intentions et pendant que ces pauvres énervés se démènent à cause de la profanation de leur mosquée, nous continuons notre chemin.


    A 5 heures, l'ancre est levée et nous partons pour Aden.


    Bientôt la ville disparaît à l'horizon et nous nous trouvons en pleine nuit.


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    Notes


    (1) Arthur ne s'y connaît pas trop en zoologie. Les requins sont des poissons et non des cétacés. Les cétacés sont des mammifères comme la baleine ou encore le dauphin.


    (2) Massawa, Massaua pour les Italiens ou encore Batsi ou Badi est une ville et un important port de l'Erythrée. La ville a été la capitale de la colonie italienne de l'Erythrée avant que la ville d'Asmara la remplace dans ce rôle en 1900.


    13. Les 11, 12 et 13 décembre 1922










    Le port aujourd'hui.

    (source : Wikipédia)



    (3) T.S.F. : Télégraphie ou téléphonie sans fil... Terme vieilli pour désigner la radio.


    (4) En fait, le tremblement de terre de Massawa eut lieu le 14 août 1921. Le port et la ville ont été gravement détruits. Cette destruction entrava sérieusement les ambitions coloniales de l'Italie.


    (5) La grosse gaffe ! Arthur ne semble pas connaître l'Islam... Mais Arthur s'est-il vraiment rendu compte de son erreur ? 



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