• 14. Du 14 au 19 décembre 1922

    LE VOYAGE D'ARTHUR LIENART EN CHINE (14)

     

     

    Du 14 au 19 décembre 1922

     

     

    14 décembre 1922

     

    Mer un peu agitée avec vent fort debout (1) (Sud-Est). Vers midi, nous passons devant la petite île Hanish (2). Deux rochers dont un porte un phare au milieu de la mer Rouge. Dans la nuit, nous traversons le détroit de Bab-El-Manbeb (3).

     

    15 décembre 1922

     

    A dix heures, le bateau 'Fiume' jette l'ancre en rade d'Aden (4). Beau petit port mais avant tout une puissante forteresse anglaise, commandant l'entrée de la mer Rouge.


    Il est visible tout de suite que les anglais sont passés par là et qu'ils y sont toujours. Tout y est méthode et réglementation et, il faut le reconnaître, à l'avantage de la population indigène, arabe et métisse.


    La ville d'Aden proprement dite se trouve enfermée dans un hémicycle de montagnes et cachée de la rade. Une route en serpentin y conduit mais elle n'offre guère d'intérêt. Nous descendons à terre dans  le bateau de la Cie Lloyd Triestino. Nous avons deux heures à y passer. Il y a d'abord les formalités du passeport et la déclaration à faire pour le motif de la visite à Aden. Puis, on peut aller en ville. En 10 minutes, on fait tout le tour. Une place assez spacieuse mais dépourvue d'arbres et une seule rangée de maisons  adossées à la montagne, en forme d'un demi-cercle. Constructions à l'orientale mais de bel aspect. Il y a aussi le consulat belge. De l'autre côté, longeant la baie du port il y a la porte de l'église franciscaine avec ses écoles. Bel édifice  très propret et assez vaste. A côté, il y a l'église anglicane. En face de la rade et du débarquement s'élève un petit bâtiment blanc à coupoles et à petites tourelles pas très élevé et se trouvant au milieu d'un petit square de verdure orientale. On dirait une mosquée. On nous dit que c'est le tombeau d'Adam, le premier père. Aden renferme aussi la grotte de Caïn, un bloc de rocher au milieu de la rade. 


     

    14. Du 14 au 19 décembre 1922


    Il fait bien difficile y acheter quelque chose tellement que tout y est cher. On n'est guère incommodé par les marchands sauf par les changeurs, de fieffés voleurs. Aussi ne font-ils guère d'affaires. Nous rentrons à bord à 1 heure. 


    A cinq heures, on lève l'ancre et le bateau se retourne et repasse devant le fort qu'on contourne et bientôt, nous filons à pleine charge vers Colombo que nous n'atteindrons que dans une dizaine de jours.  Bientôt le rocher d'Aden disparaît dans la nuit tombante et on n'aperçoit plus que le jet de lumière étincellant de son phare. 


    16 décembre 1922


    La journée de ce samedi se passe sans incident dans une monotonie en plein golfe d'Aden. Le samedi dans la nuit, nous dépassons le cap Guardafoui (5), la pointe extrême de l'Afrique (Somalie italienne).


    17 décembre 1922


    Le dimanche matin, cette pointe extrême est encore visible à l'ouest, mais disparaît bientôt. Vers midi, nous cotoyons une petite île, Kol Farum (6), rocailleuse comme toutes les autres et à l'horizon se dessinent deux montagnes. Ce sont deux rochers que nous dépassons vers le soir. Nous sommes dans le voisinage de l'île de Sokotra (7), et nous nous trouvons dans une passe très dangereuse de bas fonds et de bancs de sable et de rochers qui viennent à une vingtaine de mètres de la surface de l'eau. Nous nous trouvons  aussi dans la zone très fréquentée par les requins. Les marins installent le cable d'acier sur molettes, l'arment d'hameçons et d'un linge blanc et le laissent traîner dans la mer. Bientôt celui-ci est violemment secoué et une traînée blanche visible par moment à l'arrivée du bateau indique qu'un poisson est pris. C'est un 'dauphin' ou poisson volant (8) mais la vitesse du bateau est assez grande (20 km à l'heure) et en le ramenant avec le treuil, celui-ci s'échappe.  Il y a eu quatre amorçages dont un gros thon, qui tous parviennent à se dégager. Mais de requins, pas de traces. La soirée devient brumeuse, il pleut. Le vent (Mousson de l'est) monte et le bateau commence à rouler un peu.  Le vent souffle toute la nuit. Nous l'avons de face et la marche du bateau s'en trouve ralentie d'environ deux kilomètres à l'heure.  Nous entrons dans l'océan Indien.


    18 décembre 1922


    Nous sommes entourés d'eau de tous les côtés. La passe dangereuse est franchie et nous nous trouvons sur un fond d'environ 3 à 4000 mètres de profondeur. Le vent est fort debout. La pêche ne rapporte toujours rien. De temps à autre, un navire nous croise, faisant route vers l'Europe. C'est la monotonie.


    19 décembre 1922


    Il y a un mois aujourd'hui que j'ai quitté le pays et les miens. C'est long et énervant. On est en désarroi et la nuit, on ne voit pas. 

    Nous nous trouvons ce midi sur le 60ème longitude Est. Quand il est midi à Floreffe, il est 4 heures de l'après-midi ici. On avance de 4 minutes par degré en allant vers l'est. Quelques bateaux se croisent. Le vent reste fort et vient un peu de côté de sorte que le bateau roule et tangue quelque peu. Le matin, nous apercevons un navire à l'horizon. Il fait la route dans le même sens que nous mais sa vitesse est faible. A 10 heures ½, nous sommes à sa hauteur et vers deux heures de l'après-midi, nous l'avions perdu à l'horizon derrière nous. J'ai visité aujourd'hui le poste de T.S.F., pas très puissant : ½ km de transmettant à 300 milles seulement. Deux opérateurs sont à bord, alors qu'une partie de la journée, il n'y a personne à l'appareil, ce qui est contraire au droit international.


    _______________________________________________________


    Notes


    (1) Vent debout : c'est un vocabulaire propre au monde des voiliers. On parle d'un vent debout (ou de face) quand les voiles font face au vent et que la bateau ne peut avancer. Ici, le Fiume a bien sûr des moteurs mais le vocabulaire des voiliers semble encore utilisé sur les paquebots des années vingt.


    (2) Iles Hanish : Les îles Hanish foment un archipel appartenant au Yemen et à l'Erythrée dans la mer Rouge.  Cet archipel comporte 23 îles dont les principales sont l'île Grand Hanish et l'île Zuqar. Elles sont d'origine volcanique et sont soumises à un climat désertique qui les prive de végétation dense.


    (3) Le détroit de Bab-el-Mandeb est le détroit qui sépare la république de Djibouti (Afrique) et le Yemen (Asie). Il relie la mer Rouge au golfe d'Aden. C'est un emplacement stratégique très important. La largeur minimale du détroit est d'environ 30 km. Bab-el-Mandeb signifie en arabe la porte des lamentations. En effet, d'après une légende arabe, les lamentations seraient celles de ceux qui furent noyés par le tremblement de terre qui sépara l'Afrique de l'Asie. Pour une autre légende, le nom signalerait les dangers relatifs à sa navigation car il existe un courant de surface vers la mer Rouge dans le canal oriental ainsi qu'un fort courant vers l'Océan Indien dans le canal occidental.


    14. Du 14 au 19 décembre 1922














    Le détroit de Bab-el-Mandeb

    Source : Nasa


    (4) Aden est une ville du Yemen situé à l'est du détroit Bab el Mandeb. Elle compte près de 600 000 habitants. C'est aussi un port naturel constuit sur un ancien site volcanique. C'est la capitale de la République démocratique populaire du Yemen.


    14. Du 14 au 19 décembre 1922














    La ville d'Aden située dans le cratère d'un volcan éteint.

    (source : Jialiang Gao - www.peace-on-earth.org)


    (5) Le cap Guardafoui ou Gardafui ou encore Guardafui se trouve en Somalie. C'est la pointe de terre qui forme le sommet de la Corne de l'Afrique.

    14. Du 14 au 19 décembre 1922

















    Source : Nasa


    (6) Kol Farum : Après quelques recherches, il doit s'agir d'un îlot rocheux au large de Socotra nommé Ka'l Firawn. Les îlots rocheux sont inhabités et servent de refuge à de nombreux oiseaux. 


    (7) Socotra ou Suqutra est une île du Yemen situé dans la mer d'Oman. Elle mesure environ 140 kilomètres de longueur, une quarantaine de kilomètres de largeur. Sa superficie est de plus 3500 km2. La biodiversité de cette île est remarquable puisqu'on y compte 700 espèces uniques au monde. C'est pourquoi elle est inscrite sur la liste du patrimoine mondiale de l'Unesco.


    14. Du 14 au 19 décembre 1922













    Image satellite de Socotra.

    Source : Nasa


    (8) Arthur nous avait déjà dévoilé ses incompétences en biologie marine. Et il continue... Pauvre dauphin... J'admets qu'il semble voler en sautant devant l'étrave des navires... On ne peut pourtant le confondre avec l'exocet...


    14. Du 14 au 19 décembre 1922













    source : Jean Fortunet

    Poisson volant ou exocet (Océan Atlantique)



  • Commentaires

    Aucun commentaire pour le moment



    Ajouter un commentaire

    Nom / Pseudo :

    E-mail (facultatif) :

    Site Web (facultatif) :

    Commentaire :