• 2. La potale du diable

    LEGENDES D'AUJOURD'HUI (2)

     

    2. La potale du diable

     

                       LA POTALE DU DIABLE

     

     

     

     

     

       A la mémoire de tous les arbres-conteurs qui ont vécu dans le Nangot...

     

     

     

    Vous connaissez certainement le bois qui convie les visiteurs à une paisible promenade les menant de la vieille porte de l'abbaye de Floreffe vers le village de Franière... Mais qu'il est agréable ce Nangot !

    Peut-être avez-vous remarqué cette grande pierre solitaire au pied des grands arbres ?

    Vous qui aimez toucher les antiques pierres, vous qui laissez vagabonder vos pensées, vous qui aimez les histoires extraordinaires, arrêtez-vous donc en ces lieux...

    Laissez-vous surprendre quelques instants par le murmure des feuilles des arbres... Ecoutez-les s'agiter ! Depuis toujours, ces végétaux ont été les témoins d'événements surprenants et au fil des générations, ils n'ont jamais arrêté de se les raconter au creux de leurs plus hautes feuilles...

     

    Voici donc l'histoire de cette pierre esseulée, telle qu'un grand arbre me l'a confiée un jour d'été tourmenté par un déplaisant vent du Sud-Ouest...

     

    Il y a déjà bien longtemps de cela, une belle potale se dressait dans le bois de Nangot, à quelques lieues de l'antique porte fortifiée. Le long d'un agréable chemin forestier, elle proposait aux rêveurs une sereine petite halte au pied de grands et vigoureux arbres.

     

    2. La potale du diable

     

    Cette discrète potale avait été érigée ici-même par les moines norbertins. Il était nécessaire de rappeler aux visiteurs que ce petit massif forestier était et restait une terre religieuse.

     

    2. La potale du diable

      

    Chaque jour, la potale écoutait attentivement les prières des moines dans le profond silence de la vallée de la Sambre que rien à l'époque ne venait troubler. Elle observait silencieusement le travail des bûcherons venus chercher de quoi réchauffer les coeurs frileux au sein de la vénérable abbaye. Souvent, elle se réjouissait des plaisanteries lancées par les pêcheurs de l'abbaye soucieux de rejoindre prestement les étangs de Soye.

     

    Quelquefois, un étranger s'arrêtait devant elle, contemplant l'humble petite statue de bois de la Vierge Marie. Il est vrai qu'elle était simple et jolie, la potale du Nangot ! Son lourd socle de pierre calcaire était surmonté d'une petite construction en briques dans laquelle se tenait une petite niche grillagée où trônait la sainte statue. L'ensemble se présentait ainsi harmonieusement dans un beau cadre de verdure et de pleine sérénité.

      

    Mais voilà que cette année-là, de grands travaux avaient débuté non loin de la grande église abbatiale. De grandes et lourdes pierres étaient nécessaires et déjà, les ouvriers s'en allaient les extraire au lieu-dit Trémouroux où affleurait abondamment  la précieuse roche calcaire.

    C'est précisément dans une de ces carrières que l'irréparable est arrivé...

     

    En soulevant un gros bloc de pierre, un ouvrier nommé Aubain dégagea une petite cavité où depuis bien des années, le diable somnolait. Il s'y était assoupi un obscur soir hivernal pour un long repos qu'il n'avait d'ailleurs vraiment pas mérité.

    Le temps s'était ainsi écoulé sans que rien ne vienne troubler le sommeil du maléfique. Mais aujourd'hui était un autre jour... un jour bien malheureux car dès que le diable perçut la lumière du jour, il décida instantanément de réaliser une mauvaise action. C'était plus fort que lui... Mais cela ne le gênait nullement...

     

    2. La potale du diable

     

    Au milieu de toutes ces pierres, le diable s'interrogeait : où allaient donc ces ouvriers avec leur encombrant chargement ? Il se décida à les suivre. C'est ainsi qu'il entra pour la première fois dans ce lieu appelé Nangot. Il faut vous dire que Nangot signifie la courbe en hauteur. Le diable qui n'aimait pas ce qui était droit et qui préférait nettement tout ce qui était courbe n'hésita pas une seconde : il allait élire domicile dans ce bois, bien plus sympathique par ailleurs que la carrière où il résidait.

     

    Mais il fallait trouver un endroit discret dans ce nouveau lieu de vie. Il cherchait activement...

     

    C'est alors qu'il aperçut la petite statue de la Vierge. Alors il se moqua d'elle et il éclata de rire... Un de ces rires si lamentables que les arbres voisins en furent tous troublés... 

     

    Il se rua sur la potale, arracha la petite grille et se saisit de la statue. En une seconde, il gagna les berges de la Sambre dans laquelle il précipita la statue. Prenant la place de la Vierge, il se glissa dans la petite niche et referma ensuite la grille. La potale de la Vierge Marie était devenue la potale du diable...

     

    2. La potale du diable

     

    Le lendemain matin, les moines vinrent prier auprès de leur potale. Ils furent bien tristes de constater que la Vierge avait disparu. A qui allaient-ils donc confier leurs prières ?

    Aucun d'entre eux ne vit le satanique... Car, c'est bien connu, les humains ne voient pas le diable. Seuls les animaux, les végétaux et Dieu le voient. Mais les humains le sentent !

    Autour de la potale régnait une odeur épouvantable : celle que laisse à l'arrière-saison ce champignon que les villageois appelaient satyre puant et dont la forme exprimait à elle seule le péché de chair...

    Les moines ne s'étonnèrent nullement de ces senteurs... C'était le temps des effluves automnales mais elles rendaient plus triste encore la potale désormais sans grand attrait.

     

    2. La potale du diable

     

    Les religieux continuèrent pourtant à venir méditer auprès de la potale. C'est vous dire que le démoniaque s'amusait ! Lors des prières, il riait et se moquait d'eux méchamment en utilisant un vocabulaire épouvantable qui avait fait fuir toute la faune du bois. Mais les moines blancs ne voyaient rien et n'entendaient rien. Quant aux arbres, ils restaient là immobiles et résignés... C'est ce qui explique qu'ils peuvent encore témoigner aujourd'hui...

     

    C'est au cours de l'hiver suivant que les religieux se posèrent quelques questions... Pourquoi donc l'odeur du champignon n'avait-elle quitté le bois à l'arrivée de la morte saison ? Que se passait-il dans ce bois ?

    Quelques ecclésiastiques plus instruits vinrent examiner la potale et les alentours... Mais ils ne trouvèrent aucune explication logique. Ils firent rapport à l'Abbé qui décida de demander à Dieu de les éclairer.

    Le soir même, dans les stalles de l'église abbatiale, les chants grégoriens emportèrent vers le ciel les demandes et l'espérance de nos pauvres prémontrés bien démunis...

     

    2. La potale du diable

     

    Sur le champ, Dieu entendit leurs requêtes... Son céleste regard se porta alors sur le bois et il vit le diable hilare dans la potale...  Il entra alors dans une épouvantable colère qui déclencha un gigantesque orage autour de l'abbaye. La foudre frappa deux grands arbres morts et leurs troncs déchiquetés s'abattirent sur la petite niche qui éclata en mille morceaux. Sur le coup, le diable poussa un hurlement effroyable et s'enfuit sans lever les yeux vers un ciel devenu tout noir de rage.

    Le lendemain, l'abbaye et ses alentours avaient retrouvé la sérénité d'antan. On ne sentit plus la maléfique présence dans les vallées proches mais le socle de la potale resta l'unique témoin de ces temps tourmentés.

     

    2. La potale du diable

      

    Certains arbres racontent encore aujourd'hui que les hommes de Trémouroux édifièrent la petite chapelle Saint Pierre, histoire de protéger carrières, bois et abbaye...

    Mais je sais bien que vous allez me dire que ce ne sont que des histoires...

     

    2. La potale du diable

     

     

    Jean-de-Floreffe.eklablog.com - ce dimanche 17 novembre 2013

     


  • Commentaires

    1
    EmelineG
    Vendredi 22 Novembre 2013 à 19:57

    Quel plaisir de parcourir ces quelques lignes... Je dois avouer attendre impatiemment l'aricle "Au pays de Jean Tousseul" :) Merci pour tout ces partages et au plaisir de se revoir (peut être lors de mon stage à Floreffe pour une petite journée de terrain ensemble). A bientot 



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