• 2. Le 19 novembre 1922

    LE VOYAGE D’ARTHUR LIENART EN CHINE (2)

     

    LE 19 NOVEMBRE 1922

     

     

    Dimanche 19 novembre, 1 h 20

     

    Heure pénible entre toutes. Minute angoissante où tous se sentent le coeur serré. Séparation pénible. En effet, pour combien de temps, pour toujours peut-être. (1)

    Après les moments difficiles des préparatifs du dernier jour, l'effervescence grandit au fur et à mesure que l'heure décisive approche. 

    Le matin, de bonne heure est réservé à l'accomplissement des devoirs du chrétien.

     

    Dieu seul est notre idéal, notre but ici-bas. Il n'est donc que juste qu'on commence la grande tâche par avoir recours à lui dans l'accomplissement du devoir. 

    C'est la destinée du sort, le devoir avant tout, haut les coeurs et pour sa plus grande gloire. (2)

     

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    La maison d'Arthur Liénart et de sa famille est indiquée par une croix rouge.

     

    Après les derniers préparatifs, j'assiste à la grande messe au séminaire, où vers dix heures par permission spéciale accordée par Monsieur le Supérieur, Alphonse peut m'accompagner pour passer les dernières heures précédant le départ en famille. (3)

     

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    L'au-revoir à ces petits êtres chéris et innocents encore est très pénible. Eux, ne s'en rendent pas compte. Albert surtout, sa tristesse est navrante. (4)


    Le petit innocent encore, mais comprenant déjà le vide et la longue séparation, fait peine à voir. Alphonse se tient fermé, se faisant déjà une autre résolution. Pénible moment en cette minute suprême où l'on se quitte... ses enfants, sa famille et sa compagne qui a été de toutes les phases de sa vie après notre union. Oui, le fallait-il en effet, cette longue séparation ?

     

    On a beau avoir passé des moments difficiles dans la vie, avoir bravé la mort en face dans l'accomplissement de son devoir, tout en un mot, oui tout cède en ce moment délicat, et malgré tout, les larmes coulent.


    Cependant, le devoir est tracé et jamais, on n'a cédé devant lui. Ces petits innocents surtout qui ne le comprennent pas, c'est pour eux surtout qu'on se dévoue et Dieu seul le sait que c'est uniquement pour eux qu'on le fait. Le plus grand des réconforts est que je sais qu'ils prieront le bon Dieu pour leur père et mari, et que lui ne les oubliera pas.

     

    Le train arrive en gare, avec un peu de retard. Alphonse, qui était visiblement resté impassible fond en larmes au moment du dernier au-revoir.


    Je le verrai toujours, ce regard voilé de pleurs qui s'élève vers le compartiment du train au moment que celui-ci démarre.


    Et celui-ci m'emporte hors de moi mais conscient et fidèle au devoir à accomplir.


    Namur. Deux heures d'attente à passer dans d'infinies pensées intimes.


    Mon frère Victor m'accompagne pendant que Célestin retourne à Floreffe pour un objet oublié, précieux en tout : ma médaille.


    Le train le ramène au moment précis avant le départ.


    Le rapide m'emporte inconsciemment à travers nos hauts plateaux des Ardennes. Je me laisse faire, absorbé dans mes pensées et dans la vision du dernier évènement  de ce jour mémorable. J'arrive ainsi à traverser le Luxembourg et j'arrive à la douane française à Thionville. Visite rapide et courtoise. Le train repart et, inconsciemment, j'arrive à Bâle sans incident.


    Un long arrêt. Le jour commence à poindre quand le train continue son parcours et traverse cette Suisse pittoresque où le charme contraste avec le beau.  Bientôt apparaissent les hautes cimes de montagnes recouvertes de neiges éternelles.  Les cols et les vallons se succèdent.  Le tout cadre si bien : vallées, villes et villages, coteaux et vallons.


    Beaux paysages, maisons rustiques carrées, toits à quatre pentes, beaucoup de petites fenêtres partout. 

     

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    NOTES


    (1) Arthur Liénart était chef monteur aux Ateliers de Constructions Electriques de Charleroi (ACEC) et il savait qu'il partait pour un an et demi. Il allait en mission en Chine pour guider le montage des machines électriques aux charbonnages de Kaïping et plus précisément au siège de Chao-Ko-Chwang.


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    (2) Plusieurs passages du récit de voyage nous montrent Arthur comme un chrétien fort pratiquant ayant un sens aigu du devoir.

     

    (3) Alphonse (le fils aîné) est pensionnaire au Séminaire de Floreffe. Le Séminaire de Floreffe est à cette époque un collège catholique où l'on peut suivre des études secondaires dites 'humanités anciennes'. Le latin et le grec sont des matières très importantes. Outre les six années du secondaire, il est possible d'y suivre une formation de deux ans avant d'entamer des études au Grand Séminaire de Namur. Longtemps encore, on parlera de ce collège en tant que 'Petit Séminaire' de Floreffe. Alphonse est né en 1910... Il a donc 12 ans quand son père quitte Floreffe. Il fréquente alors la classe de sixième latine (première année du cycle secondaire). 

    On peut préciser qu'à l'époque, les élèves sont exclusivement internes et ce, jusqu'en 1968. Ils retournent peu en famille, même si dans le cas présent, Alphonse habite à moins de deux kilomètres de l'école.

    Alphonse Liénart (1910-1965) deviendra docteur en médecine et s'établira à Bois-de-Villers. Il épousera Jeanne Vandendries. Ils auront quatre enfants : Monique (1937), Michel (1939), Claudine (1940-1996) et Françoise (1944-2006).

     

     

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    (4) Né en 1915, Albert Liénart a épousé Suzanne Mathieu de Floreffe. Suzanne était institutrice à l'école communale de Bois-de-Villers. Ils ont vécu dans une des deux maisons mises à la disposition des enseignants à côté de l'ancienne maison communale. Ils ont eu deux fils : Henri (1947) et Jacques (1952-2010). Prisonnier de guerre en Allemagne, il a souffert de graves problèmes pulmonaires jusqu'à sa mort en 1966.

     

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