• 20. Du 5 au 10 janvier 1923

    LE VOYAGE D'ARTHUR LIENART EN CHINE (20)

     

     

    Du 5 au 10 janvier 1923

     

     

    Le 5 janvier 1923 

     

    Le temps ne varie pas. Vent très fort. Temps incertain. Le travail n'avance pas. Il est vrai que les indous sont très dolents au travail. Le bateau devait partir déjà hier soir. Il en a encore pour trois jours pour terminer son chargement et achever son déchargement. Le commandant a fait savoir aux négociants intéressés que ce soir à 10 heures, il partait.


    20. Du 5 au 10 janvier 1923



















    Nous allons en ville au matin. Nous visitons l'église de l'Enfant Jésus, un grand orphelinat qui héberge et entretient un millier d'enfants orphelins ou abandonnés. Nous visitons aussi une église catholique chinoise qui se trouve au milieu d'une agglomération de ménages chrétiens chinois. Il y a à Singapour deux églises catholiques chinoises et quatre prêtres chinois. Nous visitons aussi le musée de zoologie où l'on peut admirer une magnifique collection de papillons de même que des spécimens de la faune du pays, tels que tigres, léopards, lions, serpents, rhinocéros, éléphants, crocodiles, poissons et entre autre un énorme squelette de crocodile qui mesure environ 12 mètres de long. Les mâchoires mesurent environ 2,75 mètres de long. 


     

    20. Du 5 au 10 janvier 1923


    Nous rentrons pour 7 heures et je ne descends plus. Le vent est toujours très fort et la rade est très houleuse. L'observatoire de Shanghaï communiquait hier que la situation climatique était très mauvaise. La vitesse du vent était de 70 mètres à la seconde. Si peu que celui-ci monte encore, c'est l'effroyable cyclone dont la mer de Chine est souvent agrémentée.


    Aujourd'hui, les communications sont meilleures. La vitesse du vent est tombée à 50 mètres. Le commandant part coûte que coûte ce soir à dix heures. Une partie des chalands chargés de bois sont renvoyés et vers 9 heures du soir, le déchargement du ciment est terminé. Aussitôt, les ancres sont levées et à 10 heures précises, le bateau quitte la rade en route pour Hong-Kong. A peine sorti de la passe de Singapour, il est balloté comme une coquille de noix par les flots en furie. Nous avons le vent debout et le courant contraire.


    Le 6 janvier 1923


    Nous perdons de 35 à 45 milles par vingt-quatre heures. La tempête est menaçante. Le temps est brumeux et il pleut. Vers midi, nous passons devant deux rochers en pleine mer. Vers quatre heures, nous cotoyons le groupe des îles Arrambas aux Hollandais (1). Le temps est mauvais, il pleut. Presque tous les passagers sont incommodés par le roulis du bateau qui s'en donne à coeur joie.

    C'est le jour de l'Epiphanie, fête de précepte en Italie. On devait avoir la messe en plein air, mais à cause du mauvais temps et du roulis du bateau, cela est impossible.


    20. Du 5 au 10 janvier 1923








    L'Epiphanie est une fête de précepte en Italie. C'est une fête d'obligation à laquelle le catholique se doit d'assister.



    Deux navires nous croisent au large. Interrogés par la T.S.F., ils signalent la situation critique dans la mer de Chine. Le baromètre indique 760 variable et ne bouge pas.


    Le 7 janvier 1923


    Baromètre : 762. Vent moins fort. Brumeux mais sans pluie. Néanmoins journée maussade.


    Le 8 janvier 1923


    Durant la nuit, le vent avait augmenté de vitesse. Ce matin, un peu plus calme. Vers dix heures, il devient plus violent. Dans le courant de l'après-midi, je passe une partie de mon temps à la T.S.F. Comme tous les jours, le Port du Cap Saint Jacques en Indo-Chine (2) est interrogé au sujet de la situation atmosphérique. Il répond que celle-ci s'améliore dans la mer de Chine dans laquelle nous entrerons demain.

     

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    Le 9 janvier 1923


    Vent très fort mais le baromètre monte : 769. Le temps s'éclaircit mais il fait toujours chaud et surtout une chaleur humide. Dans le courant de la journée, il tombe des ondées de pluie. La mer devient mauvaise. A quatre heures, le baromètre descend brusquement à 760. A huit heures, il remonte à 763. Le vent monte. En plus, à la T.S.F., les courants parasites provenant des décharges atmosphériques jettent la perturbation dans les communications. Bref, situation très peu rassurante. La tempête est imminente et de la tempête au terrible typhon, il n'y a pas long.

     

    20. Du 5 au 10 janvier 1923

     

     

    Le 10 janvier 1923


    La nuit est mauvaise. Le bateau, quoique très stable est ballotté par les flots en furie de belle façon. Les vagues sont telles qu'elles envahissent parfois le bateau en proue. Néanmoins, la situation n'est pas trop mauvaise. Le vent est très fort le matin, la mer démontée et le temps peu rassurant. Le soleil se montre très pâle comme à ses plus mauvais jours, cependant que le baromètre indique 765. Il ne varie pas de toute la journée. Le vent augmente. Les vagues énormes mugissent en se brisant sur les parois du navire. Le vent hurle dans la mâture et les cordages. Le bateau roule effroyablement et pendant que la proue s'enfonce dans les flots, sa poupe se dresse en l'air. L'hélice sort hors de l'eau et les machines s'emballent. Chose dangereuse car il peut y avoir de la casse. Néanmoins tout va bien à bord. Quelques personnes indisposées. Un ménage chinois de la 'Haute', le père, la mère, la belle-soeur et sept enfant, quatre bonnes sont tous malades depuis Singapour, sauf une bonne et les deux plus jeunes enfants. Ils sont montés à Port Swetteham et se rendent à Hong-Kong. Ce midi, un bateau anglais nous croise. C'est un quatre mètres à moteur Diesel. Il marche bon train, le vent derrière et le courant avec lui. Ce soir, la T.S.F. communique (Hong-Kong) que la station météorologique donne : mer très mauvaise, vent très fort, Est.


    20. Du 5 au 10 janvier 1923













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    Notes


    (1) Il s'agit en fait des îles Anambas. Celles-ci forment un petit archipel de l'Indonésie situé dans la mer de Chine du Sud, entre la péninsule Malaise et l'île de Bornéo. Ces îles possèdent d'importantes réserves de gaz naturel. Le gaz est produit et exporté vers la Malaisie et Singapour. 


    (2) Le Cap Saint-Jacques, appelé maintenant Vüng Tàu ou Vung Tau est une ville du sud du Vietnam. C'est une destination touristique célèbre au Vietnam. La ville est située au sud du Vietnam, à l'extrémité d'une petite péninsule. Elle a toujours été un port maritime important, particulièrement pendant la période de la colonisation française. Paul Doumer (1857-1932) alors gouverneur français de l'Indochine et futur président de la République française y fit construire un manoir nommé la Villa blanche.


    20. Du 5 au 10 janvier 1923







     Vung Tau en 2007

     (source : Chris Phan)



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