• 21. Du 11 au 16 janvier 1923

    LE VOYAGE D'ARTHUR LIENART EN CHINE (21)

     

     

    Du 11 au 16 janvier 1923

     

     

    Le 11 janvier 1923

     

    Cette nuit, la direction du navire a été modifiée. Nous suivons la route E.N.E de sorte que nous avons le vent légèrement de côté. La situation se complique encore, le bateau roule et tangue à la fois d'une façon terrible. Dans la salle à manger, les dispositions ont été prises pour empêcher la vaisselle de tomber de la table. Des assiettes à compartiments sont fixées sur les tables. Chaque personne a son compartiment où assiette, verre, etc sont tenus en place. La situation à huit heures du matin ne s'est pas modifiée : le baromètre reste à 769.

    La mer reste mauvaise toute la journée et la nuit, le roulis et le tangage sont terribles. Les missionnaires ne savent dire la messe, tout se renverse.


    Le 12 janvier 1923


    Sur le matin, la mer se calme légèrement. Nous approchons de petits bateaux à voile sillonnant la mer. C'est le meilleur indice d'une grande amélioration. Le baromètre marque 767, bien que le temps devienne très maussade. La température s'est brusquement baissée. Le vent est froid. Nous approchons des îles montagneuses qui forment  une espèce d'archipel autour d'Hong-Kong et qui servent de repaires et d'abris aux pirates chinois.


     

    21. Du 11 au 16 janvier 1923


    Le phare indiquant la passe apparaît et la mer devient calme. Nous approchons de Hong-Kong et beaucoup de jonques chinoises  sillonnent  le détroit dans tous les sens. L'équipage fait les préparatifs pour l'ancrage du navire. Nous apercevons déjà sur les hautes montagnes des îles qui entourent Hong-Kong les installations militaires anglaises (forfications, etc...)


    Bientôt la barque du pilote chinois se dégage des autres bateaux et s'avance vers notre navire battant pavillon italien. Celui-ci s'arrête et le pilote accoste, monte à bord et conduit le bateau à travers un dédale de navires ancrés vers le quai en face de Hong Kong Kow-Loon. Il est 1 heure de l'après-midi. Le temps est doux comme au mois de mai chez nous, un soleil clair, une petite brise fraîche circule. Hong-Kong est très joli, beau et grand port. 


     

    21. Du 11 au 16 janvier 1923


    L'après-midi, je descends à terre pour aller à la poste et visiter la ville. Hong-Kong est une île. Il faut traverser le chenal en bateau à vapeur. La traversée dure 10 minutes et coûte 10 C, c'est-à-dire 1 franc de notre monnaie. Il fait très riche ici. De beaux et grands magasins comme à Bruxelles témoignent d'un commerce luxueux et florissant. Il fait bon alors qu'on nous avait dit qu'il faisait froid à Hong Kong. Je suis seul pour faire ma promenade. Les missionnaires sont allés à la mission chez leurs compatriotes, les pères de Milan. Les autres passagers sont allés à l'hôtel et puis se balladent en auto. C'est plus chic. Que voulez-vous ?

     

    21. Du 11 au 16 janvier 1923

     

    La ville s'étend sur une grande longueur au pied d'une haute montagne dont tout le versant est habité. Le soir, c'est féérique que de contempler toute la montagne illuminée. Des chemins goudronnés comme il n'y en a pas en Belgique conduisent vers le haut en serpentant dans des sites merveilleux et ombragés par de la verdure, palmiers, etc... Beau et vaste parc.


    21. Du 11 au 16 janvier 1923

     

    Sur une magnifique terrasse s'élève une église protestante de style gothique. Plus haut dans la côte, je rencontre une petite église , des écoles, etc... C'est une église catholique dédiée à Saint Joseph. Il y a un évèque à Hong-Kong mais je n'ai pas vu la cathédrale qui est au bout de la ville. Il y a aussi un funiculaire qui monte jusque en haut de la montagne comme celui de Namur jadis (1). Le soir approche et je regagne le bord.


    Le 13 janvier 1923


    Nous partons aujourd'hui à midi pour Shang-Haï. Je profite de cette demi-journée pour visiter Kowloon en face de Hong Kong mais faisant partie de la ville. Très belle cité longeant la baie. Belle route goudronnée et le chemin de fer entre la mer et la route qui est bordée de rochers. Ceux-ci sont dépourvus de végétation sinon on se croirait entre Namur et Dinant.


     

    21. Du 11 au 16 janvier 1923


    Au fond, de vastes chantiers navals et à droite, les installations militaires, casernes, etc. Je rencontre une belle petite église sur mon chemin dédiée à Notre Dame du Rosaire. Le haut de la cité est dominé par une magnifique église protestante. Beaux magasins. Ce quartier est habité par beaucoup d'Européens anglais surtout mais aussi beaucoup de boches (sic) qui y sont arrivés après la guerre et qui se disent anglais. L'un et l'autre se valent. Je rentre pour midi. Le bateau ne part qu'à deux heures. 

    Heure militaire. Les amarres sont lâchées, trois coups stridents de la sirène et la machine se met en mouvement. Le navire se détache lentement des quais  et machine-arrière, gagne la passe. 


     

    21. Du 11 au 16 janvier 1923


    Puis, mettant le cap sur le détroit, on file à toute vapeur vers la dernière portion de la dernière étape : Shanghaï où l'on compte arriver le 17 dans le courant de la journée. 


    Un petit incident arrive. La barque du pilote amarrée au flanc du bateau se détache tout d'un coup. Les chinois qui la montent hurlent comme des fauves, mais celle-ci est bientôt loin en arrière. Le bateau marchant à toute vitesse gagne du terrain sur elle. On est forcé d'arrêter et de faire machine arrière  pour gagner du temps. Sitôt la barque solidement amarrée, on se remet en route. La passe s'étend entre une série d'îles rocailleuses de nature volcanique dont les principales d'ordre stratégique sont armées par les anglais et transformées en de vastes forteresses. 


    Au bout d'une heure, le pilote quitte le bord et nous gagnons la haute mer. Celle-ci commence à être houleuse et vers 5 heures, le navire est de nouveau ballotté dans tous les sens. Plusieurs bateaux nous croisent dans la soirée, ils viennent de Shanghaï. La nuit est très houleuse mais...


    Le 14 janvier 1923


    ...la matinée devient un peu plus calme. Le vent reste fort. Dans le courant de l'après-midi, la mer se calme tout à fait. Nous entrons dans le détroit entre la côte et l'île de Formose (2), qui reste invisible. La côte, on la devine par moment. Le soir, plusieurs phares sont visibles du côté de la côte chinoise. La nuit est calme et le bateau file bon train.


    Le 15 janvier 1923


    La matinée est belle, il fait calme et le soleil montre à l'horizon majestueusement. Depuis quinze jours, nous ne l'avons plus vu beaucoup. La mer est calme, une mer morte. Vers 10 heures, l'horizon s'obscurcit soudain. La mer s'agite et devient bientôt houleuse. Dans l'après-midi, elle est tout à fait démontée. Nous venons de quitter le détroit de Formose où nous étions à l'abri des vents venant de l'océan. La force des éléments est telle que nous n'avançons à la soirée que de 4 milles à l'heure. Le bateau se tord dans tous les sens. Les vagues envahissent quelquefois le pont. La promenade est intenable. La température s'est brusquement abaissée.


    Le 16 janvier 1923


    La nuit a été un peu moins houleuse. Ce matin, les côtes sont visibles. Un grand paquebot nous croise en route vers l'Europe. La mer est toujours houleuse et jaune comme un citron. Temps couvert et froid. La T.S.F. signalait hier un cyclone au nord du Japon dont nous ne sommes pas bien distants. D'autre part, on signalait que dans le sud à Kobé (3), la mousson ne soufflait plus. 

    En tout cas, depuis Singapour, il ne fait pas gai...


    21. Du 11 au 16 janvier 1923














     

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    Notes


    (1) En effet, Namur possèdait au début du XXème siècle pour gravir la citadelle. Il a été finalement supplanté par le tram. C'est la guerre 14-18 qui mettra un terme à la vie de ce funiculaire. Il sera démantelé et ses rails probablement emmenés vers la nation ennemie...


    21. Du 11 au 16 janvier 1923











    Les amateurs d'histoire liront avec grand intérêt le beau livre de Christiane Cappiau 'Namur - La Citadelle - Le Funiculaire - Le tram' paru aux éditions Rail Memories à Harlange (L).



    (2) Formose est l'ancien nom de Taïwan. Ce sont les marchands lusitaniens (portugais), premiers occidentaux à approcher cette île qui lui donnèrent ce nom. Ilha Formosa signifie en portugais 'Belle île".


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    (3) Kōbe (神戸市Kōbe-shi) ou Kobé est une ville du Japon qui possède l'un des plus grands ports du pays. 


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    source : Wikipédia







    Voici donc la fin du récit de la première partie du voyage d'Arthur Liénart. Le carnet raconte aussi le voyage du retour en 1924.


    Mais il reste encore à donner des détails sur le séjour en Chine. Je dispose de nombreuses cartes postales et de certaines photos. Je ferai aussi une comparaison avec la Chine que j'ai pu découvrir en 1983... soixante années après mon grand-père.


    A très bientôt ! ...Pour de nouvelles aventures !



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