• 30. En passant par Filot...

    DECOUVERTES (30)                                            Jean-de-Floreffe - ce 09 septembre 2013

     

    EN PASSANT PAR FILOT...

    Sur le chemin de mes souvenirs...

     

    Quelques anciens collègues m'avaient invité à les rejoindre dans la vallée de l'Ourthe. Ils y passaient la journée avec des élèves de quatrième année. Comme il y avait déjà très longtemps que je n'avais plus salué cette rivière que j'apprécie tellement, je n'ai pas hésité une seconde ! Retour donc à Palogne ! Cela me convenait très bien : j'allais revoir mes chers rochers de Sy.

     

    En ce début du mois de mai, la journée s'annonce magnifique. Aujourd'hui, j'irai à Hamoir et à partir de cette gare, je me dirigerai calmement vers Palogne. Une fois n'est pas coutume ! Je suis plus habitué à rejoindre la vallée de l'Ourthe à partir de Marloie. Alors le moment de bousculer mes vieilles habitudes n'est-il pas venu ? J'ai surtout envie de marcher... Pourquoi ne pas remonter l'Ourthe de Hamoir à Palogne ? Finalement, tout cela ne peut me faire que du bien au niveau du corps et de l'esprit !

     

    C'est parti et voilà déjà la gare d'Hamoir !

     

    30. En passant par Filot...

     

    Quand soudain sur le quai, je me souviens du temps de mon service militaire... Eh oui ! C'était en septembre 1980... Il faut dire qu'à l'époque, on n'avait guère le choix... Pour mes parents qui avaient connu la guerre 40-45, c'était bien plus qu'une évidence : grâce à l'armée, j'allais enfin devenir un homme, un vrai, un pur, un dur !

    Aujourd'hui, je ne sais toujours pas si cette glorieuse institution a fait de moi un homme véritable mais je puis vous assurer qu'elle m'a éloigné à tout jamais des armes à feu, des conflits et de la violence.

    Mais revenons bien vite à Hamoir ! J'ai fait la connaissance de cette ligne ferroviaire quand j'ai quitté la caserne Ratz à Vielsalm (1) où j'avais subi mon instruction de milicien au sein du troisième batailon des Chasseurs Ardennais. C'est là-bas que j'ai compris en quoi consistait l'âpre réalité militaire ! 

    Au terme de cette sévère initiation, j'ai rejoint la Place de Marche-en-Famenne pour couler des jours considérablement plus paisibles... Entre les deux localités, le train de l'Ourthe m'ouvrait au calme paisible de la rivière et au charme hautain de ses rochers... Que de bons souvenirs lors de ces grandes récréations militaires que l'on nommait manoeuvres !

     

    Je ne connais pas Hamoir et mon intention est de rejoindre au plus vite l'Ourthe pour découvrir le RAVeL qui m'accompagnera à Palogne.

     

    30. En passant par Filot...

     

    C'est devant l'église que je découvre alors un panneau indiquant la direction du village de Filot. D'autres souvenirs se réveillent alors dans mon esprit encore engourdi... Dans celui-ci, Filot est associé à la mémoire d'un compositeur bien de chez nous : Edouard Senny.

    Immédiatement, je décide de changer d'itinéraire... L'Ourthe, ce sera pour plus tard... Car pour l'instant, il faut que j'aille à Filot !

     

    Evidemment, vous allez me demander comment je connais Edouard Senny... Si vous le voulez, marchons ensemble vers Filot... Je vais vous expliquer cela en goûtant aux bienfaits d'une Nature qui s'épanouit enfin après un rude hiver.

     

    Mère Nature est aujourd'hui bienveillante et généreuse ! Un raccourci muni d'un petit escalier m'invite à traverser un bois tout empreint d'une printanière et bienfaisante fraîcheur. 

     

    30. En passant par Filot...

    30. En passant par Filot...

     

     

    Il faut aussi que je vous précise que c'est Gabriel l'organiste de mon village (2) qui m'avait parlé autrefois d'Edouard Senny. Sa musique était nouvelle pour moi et elle m'éloignait des compositeurs baroques que j'écoutais si souvent... Parfois la musique d'Edouard me surprenait mais jamais elle ne me heurtait. Inutile de vous dire que Gabriel m'avait ouvert la porte de l'univers des compositeurs belges contemporains.

     

    Edouard est pianiste, compositeur mais également poète. Né à Filot le 22 décembre 1923, il étudie le piano au Conservatoire de Liège. En 1945, il poursuit ses études notamment avec Pierre Froidebise, l'ami de mon oncle Alphonse (3). Il adhère au groupe des dodécaphonistes (4) liégeois.

     

    30. En passant par Filot...

     

     

     

     

     

     

     

     

      Quand le chemin mène à Filot...

     

    Nanti d'une bonne formation classique, Edouard aime la littérature. L'histoire locale, la poésie et le folklore le passionnent.  Il épouse en 1948 Maggy Dethier. Ils auront cinq enfants. 

     

    30. En passant par Filot...

     

     

     

     

     

     

     

     

      Quand la nature est belle et le printemps, si chaleureux...

     

    En passant devant un énorme bloc de calcaire, je me surprends à rêver... Parfois les pierres m'invitent à raconter des histoires fabuleuses. Elles deviennent alors les portes d'entrée de mondes souterrains grandioses où vivent cachés nutons et autres petits êtres de la nuit...

    Si en ce lieu, cette pierre trahit quelque présence surnaturelle, force est de constater que le territoire est bien gardé...  

     

     

    30. En passant par Filot...

     

     

       Cave canem, comme auraient dit les Anciens...

     

    30. En passant par Filot...

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     Mais voilà déjà l'entrée du petit village de Filot !

     

    30. En passant par Filot...

     

     

     

     

     

     

     

       Filot, havre de paix pour Filotins et Filotines... 

     

     

    Les habitations en pierre calcaire confèrent au lieu ce charme si particulier des villages d'antan. C'est assurément un endroit qui me plaît et qui m'apaise. 

     

    30. En passant par Filot...

       

    30. En passant par Filot...

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

    Voici donc le village d'Edouard Senny et de sa famille. L'église Saint-Félix où il se rendait si souvent garde encore intimement son souvenir.

     

    30. En passant par Filot...

     

    Je dois vous confier qu'au début des années 80, Gabriel, l'organiste de Floreffe m'avait prêté un disque présentant l'oeuvre pour orgue d'Edouard Senny. Elle y était interprétée par Anne Froidebise, la fille de Pierre dont j'ai parlé tout à l'heure. J'ai immédiatement savouré cette musique et aujourd'hui encore, bien que je ne possède plus cet enregistrement, il trotte sur mes neurones une petite phrase musicale jouée avec vivacité sur la trompette en chamade de l'église d'Esch-sur-Alzette (5).

    Pourquoi ce court extrait m'a-t-il accompagné durant toutes ces années ? Mystère... Mais il est indéniable que c'est lui qui m'invite aujourd'hui à venir ici.

    La communauté de Filot n'a pas oublié Edouard Senny : elle lui a dédié un petit espace sympathique où son souvenir est entretenu.

     

    30. En passant par Filot...

      

    30. En passant par Filot...

     

     

     

     

     

     

     

     

     

    Edouard Senny : un historien, un compositeur, un poète sur lequel

    veillent six tuyaux d'orgue fantômes... 

     

     

    Le cimetière est à deux pas ! Allons-y ! J'espère y retrouver sans peine la tombe d'Edouard.

     

    30. En passant par Filot...

     

    30. En passant par Filot...

     

     

     

     

     

     

     

     

    Le cimetière de Filot.

     

     

    La tombe où il est inhumé aux côtés de son épouse... 

     

    Mais voici le moment d'évoquer la triste fin d'Edouard Senny... Le 15 janvier 1980, Edouard est victime d'un accident de train dans cette gare d'Hamoir où je suis descendu tout à l'heure... (6)  

     

    Le cimetière me dévoile également la tombe d'une autre personnalité illustre mais dans un tout autre domaine. Il s'agit de celle de l'abbé Joseph Debatty... Vous ne le connaissez pas ? Eh bien, moi non plus ! Il fut un des fondateurs du R. C. Standard de Liège. On apprend donc tous les jours et beaucoup d'informations sont à notre portée un peu partout... Il suffit d'être attentif ! 

     

    30. En passant par Filot...

     

    Cela me rappelle que je vais rejoindre des élèves très sportifs tout à l'heure au bord de l'Ourthe ! Il faut donc que je quitte Filot pour rejoindre le village de Sy où m'attendent mes anciens collègues. Cela me fera plaisir de les revoir...

     

    30. En passant par Filot...

     

    30. En passant par Filot...

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

    Je reprends lentement le chemin qui traverse les belles campagnes entre Filot et Sy. Je ne le connais pas, mais je ne suis pas déçu : il m'offre de superbes paysages qui me permettent de me souvenir à ma dernière année scolaire...

     

    30. En passant par Filot...

      

    30. En passant par Filot...

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

    Il est  vrai  qu'elle s'est déroulée péniblement... J'y repense souvent...  Je  n'en pouvais vraiment plus...

    Ce qui me manque actuellement, c'est un contact régulier avec les jeunes...  Mais il y a un temps pour chaque chose...

    Je suis entré dans un autre monde humain qui est certainement plus adapté à ma personne mais je pense que je n'ai pas encore trouvé toutes les clés pour en profiter sereinement...

    Cependant, ces paysages m'apaisent et m'encouragent à tourner la page... 

     

    30. En passant par Filot...

     

    30. En passant par Filot...

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

    Les kilomètres défilent alors entre espoir d'avenir et amertume du passé, quand surgissent au loin les rochers de Sy ! Quel bonheur de les revoir ! Si vous saviez comme je les aime ! Ici, c'est un peu ma petite Suisse, ma petite montagne... C'est elle qui m'encourage à aller mieux, à aller de l'avant, à m'élever au-dessus du désespoir des cruels jours de noire existence.

     

    30. En passant par Filot...

     

      

     

    30. En passant par Filot...

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

    J'ai enfin rejoint le RAVeL que je comptais parcourir depuis Hamoir... Mais le destin a voulu qu'aujourd'hui je fréquente d'autres chemins de mémoire...

    Que demander de plus ? Encore une fois le hasard a bien fait les choses... L'Ourthe est toujours aussi envoûtante !

     

    30. En passant par Filot...

     

    Et là-bas, au bord de la rivière, les jeunes sont arrivés à bon port. Les kayaks sont déjà rangés.

    Pendant que j'aide les amis à allumer les barbecues, les élèves montrent qu'ils ont encore de l'énergie à dépenser.  

     

    30. En passant par Filot...

     

    Je suis content de les revoir... De nouveaux enseignants ont rejoint l'équipe et d'anciens élèves me rassurent : "Oui, Monsieur, cela ira... L'année scolaire se termine bien..."

     

    Une page se tourne. Adieu et bonne route à tous ! Je penserai souvent à vous.

     

    Le temps est venu pour moi de les quitter et de reprendre mon grand périple vers d'autres horizons de vie... La gare de Sy m'attend impatiemment...

     

    30. En passant par Filot...

     

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    Notes

     

    (1) Le sous-officier Ratz est né à Salmchâteau (non loin de Vielsalm) le 21 mai  1892. Il est sergent-fourrier : il est chargé de distribuer les vivres et de pourvoir au logement des militaires.  Il combat au sud de Dixmude durant la Première Guerre mondiale. Il meurt durant les combats en avril 1915 et il donne son nom à la caserne de Rencheux-Vielsalm qui sera inaugurée en 1934.

    C'est le troisième régiment de Chasseurs Ardennais qui l'occupe entre 1934 et 1940 et entre 1952 et 1994. 

    La caserne a aujourd'hui laissé la place à un parc d'activités regroupant habitat, entreprises et associations diverses.

     

    (2) Gabriel Robaux (1916-1986) a été organiste à l'église paroissiale de Floreffe. Un article paraîtra prochainement pour évoquer sa mémoire (rubrique 'Gens de Floreffe', article 'L'ami Gabriel')

     

    (3) Mon oncle Alphonse Liénart (1910-1965) était l'organiste de l'église paroissiale de Bois-de-Villers. Il était l'ami de Pierre Froidebise. On relira la sixième note concernant l'article 'Le 4 décembre 1922' dans la rubrique 'Carnet de Chine 1922-1924'.

     

    (4) Ce groupe de musiciens appelé 'Groupe dodécaphoniste de Liège' a vu le jour en 1947. Il était composée d'Edouard Senny, de Pierre Froidebise (1914-1962), d'Elie Poslawsky (1922) et de Célestin Deliège (1922-2010).

    Notons enfin que la musique dodécaphonique est une technique de composition musicale imaginée par le compositeur autrichien Arnold Schönberg (1874-1951). Elle donne une importance comparable aux douze notes de la gamme chromatique et évite ainsi toute tonalité.

     

    (5) Anne Froidebise a été professeur de clavecin à l'IMEP à Namur de 1985 à 1996. Elle est actuellement professeur d'orgue au Conservatoire Royal de Liège et au Conservatoire de Verviers, où elle enseigne le clavecin. Elle a enregistré l'oeuvre pour orgue d'Edouard Senny sur l'orgue Westenfelder de l'église Saint-Joseph d'Esch-sur-Alzette. Ce disque est sorti en 1982.

     

    30. En passant par Filot...

    30. En passant par Filot...

     

     

     

     

    L'orgue Westenfelder d'Esch-sur-Alzette.

      Source : www.amisdelorgue.lu

     

    Précisons que cet orgue possède deux jeux de trompette de 4 et de 8 pieds en chamade. Les jeux sont dits en chamade lorsqu'ils ont des tuyaux placés à l'horizontale sur la face avant du buffet. Cette situation leur confère un éclat sonore particulier.

    Si un aimable lecteur de ce site possède encore cet enregistrement, qu'il sache que cela me ferait vraiment plaisir de redécouvrir cette musique...

     

    (6) Il existe un site dédié à Edouard Senny. Les informations de cet article en proviennent.

    Source : www.senny.be


  • Commentaires

    1
    Lambrechts Jean-Mari
    Dimanche 15 Septembre 2013 à 10:43

    Bonjour Jean,

    Au cours de mes études d'instituteur à l'école normale primaire de Malonne (de 1964 à 1967) Edouard Senny fut durant quatre ans mon professeur de musique. Il me revient que son épouse est décédée au même endroit en traversant les voies. Cruel destin.



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