• 4. Lettre du 5 mai 1935

    DU COURRIER PROVENANT DU S.S. GROIX...


    Une lettre pour Joséphine

    accompagnée de deux cartes pour Alphonse et Albert...


    En mer, ce 5.5.1935


    Chère Joséphine,


    Tout va bien à bord. On flotte toujours et ce qui est surprenant, c'est qu'au beau milieu du golfe de Gascogne, la terreur des marins, la mer est aussi calme qu'un lac. C'est exceptionnel. A peine a-t-on subi quelques légères vagues de fond à la sortie de la "branche" (1) en face de l'île d'Ouessant, la pointe extrême de la Bretagne hier vers 3 heures après-midi. Les côtes y sont très abruptes. Vers 4 heures, celles-ci avaient disparu à l'horizon. Depuis nous flottons entre ciel et eau. Le temps est calme et le soleil est de la partie. Le bateau file bon train à raison de 12 noeuds à l'heure, soit 21 km 300. Il les dépasse même parce que le temps est favorable. Nous arriverons à La Corogne vers 8 H 30 du soir aujourd'hui. Le bateau ne rentre pas dans le port, il reste en rade. Il remet le courrier à terre, et prend les passagers et à 10 H, il reprend sa course vers Vigo, où nous arriverons vers 3 H du matin.


    4. Lettre du 5 mai 1935

         
























    La Corogne : coin poétique près du monastère de Sainte Barbara. Au-dessus de la porte, un bas-relief du XIIème siècle.


    4. Lettre du 5 mai 1935

      Alphonse est docteur en médecine. Agé de 25 ans, il vient de terminer ses études

    et il reçoit ses premiers patients au domicile de ses parents.


    4. Lettre du 5 mai 1935













    Le port de Vigo, grande ville de Galice.


    4. Lettre du 5 mai 1935











    Albert est âgé de 20 ans et habite chez ses parents.


    Il ne séjournera que 1 ou 2 H. pour repartir vers Casa Blanca en Afrique, d'où je t'écrirai encore. Nous devons y arriver le 8 mai.


    Je ne t'ai pas encore parlé de mes compagnons de voyage. Nous étions trois passagers en 2ème pour partir d'Anvers : 2 allemands venus de Hambourg et moi. L'un est un chimiste établi au Brésil il y a dix ans ; l'autre, un jeune homme qu'il amène comme employé.


    On s'est d'abord observé comme des chiens de faïence sur une cheminée. Puis ils se sont décidés à casser la glace. Ils sont très corrects, c'est déjà un point, mais il est de mise, puis, chez eux, c'est aussi par calcul. Bref, on cause et on observe la correction. (2)


    Au Havre, trois passagers s'embarquent dont un français et une dame belge et sa petite fille de deux ans et demi. Elle est originaire de Couillet. Elle va rejoindre son mari qui, coïncidence fortuite, est occupé à la Belgo-Minière au four Martin (3), donc à la même compagnie où je me rends. Cette dame était revenue en Belgique il y a un an et n'est pas au courant des nouveaux travaux qui ont été réalisés depuis. 


    J'ai d'intéressants renseignements sur la situation là-bas et qui confirment ceux que le missionnaire de Biévène (4) m'avait déjà communiqués. 


    Il y a alors une cinquantaine d'émigrants pour la plupart des Tchéco-slovaques et des Polonais. En première classe, il y a cinq passagers. A La Corogne et à Vigo, le bateau ne fait arrêt que pour prendre le courrier et des émigrants espagnols et déposer les correspondances à expédier. Je ne crois pas qu'on descendra à terre à aucune des deux places.


    Nous avons eu cet après-midi des exercices d'abandon du navire. Tout le monde indistinctement doit se rendre muni de sa ceinture de sauvetage au canot qui lui est désigné. A 3 ½ H, la sirène lança les signaux de détresse. A cet appel, tous se rendent aux embarcations. Les officiers font l'appel et le tour est joué. C'est une ½ heure de distraction. La barque qui m'est assignée porte le numéro 11 avec les cuisiniers et le radiotélégraphiste. Le cas échéant, nous munirons notre barque d'une antenne.


    Je t'écrirai encore de Casa-Blanca dans deux jours. Puis ce sera la grande randonnée de quatorze jours.


    Des compliments à tous et bien des choses aux enfants. Est-ce que "Bucke" (5) se bat toujours ? Tu me l'écriras quand je serai arrivé à destination.


    Bien à vous tous,


    Arthur


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    NOTES


    La lettre


    4. Lettre du 5 mai 1935





























     

    4. Lettre du 5 mai 1935


    4. Lettre du 5 mai 1935




























    les commentaires


    (1) L'île d'Ouessant est située à la pointe de la Bretagne.  Elle a une forme qui rappelle celle d'une pince de crabe. L'ouest de l'île se divise en deux 'branches' : au nord, la 'branche' de Locqueltas qui se termine par la pointe de Pem et au sud, la 'branche' de Feunten Velen qui se termine par la pointe de Porz Doun. Ces deux 'branches' encadrent la baie de Lampaul.


    (2) Arthur n'aime vraiment pas les Allemands. Il s'en méfie. Peut-être se souvient-il des uhlans de la grande guerre ? 


    (3) Le four Martin est utilisé dans la fabrication de l'acier. 


    (4) Arthur est né à Biévène (Bever) dans le Brabant flamand. Durant toute sa vie, il a gardé des liens étroits avec cette petite ville où résidaient bon nombre de membres de sa famille.


    (5) Bucke est le surnom qu'il donnait à sa petite fille Marie-Henriette. Il faut savoir qu'il était né en 1877 et que Bucke était née en 1927... Marie-Henriette était ma mère.



    les menus du S/S Groix ce dimanche 5 mai 1935


    A table ! Bon appétit !


    Ce midi... 


    4. Lettre du 5 mai 1935































    Ce soir...


     

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