• 5. Des élèves à Maloja en 1968

    GENS DE FLOREFFE (5)

     

    La classe de Monsieur Bero à la montagne...

    Maloja - 1968


    C'était le jour de la Chandeleur et j'en avais marre de l'école... Marre du prof, marre du calcul, marre du français, marre de tout... Comme d'habitude...


    Pourtant, ce jour -nous étions le jeudi 2 février 1967- était plus intéressant que les autres... Une curieuse coutume nous animait : durant la journée, les élèves de la classe des 'grands' se mobilisaient pour enfermer l'instituteur dans le local de cours. Les élèves ne le laissaient sortir qu'après lui avoir fait promettre une faveur spéciale... Il faut préciser qu'à l'époque, l'école primaire catholique des garçons se trouvait dans le bâtiment occupé actuellement par la régie des Routes, le long de la dangereuse route qui contourne le centre du village. Georges Bero était le maître des grands et il tenait la classe composé de loustics de quatrième, cinquième et sixième primaire. De l'autre côté de la cour, la classe des petits (première, deuxième et troisième années) était le fief de Jean-Noël Jeannier.


    5. Des élèves à Maloja en 1968

    L'école catholique des garçons autrefois.

    Une route pour monter vers le tienne Saint-Roch a été ouverte à l'emplacement du sentier que l'on devine à droite de la potale au centre de la photo. Cette potale n'a pas disparu : elle a été déplacée de quelques dizaines de mètres pour trouver refuge dans le verger que l'on voit au fond de la photo. 

    (photo aimablement fournie par Christiane Binamé)


    L'école a été singulièrement isolée du centre du village après la construction de la nouvelle route. Notre classe de sixième fut la dernière classe de 'sortants' de cette école. 

     

    5. Des élèves à Maloja en 1968

     On reconnaît aisément le profil de la salle de l'école catholique. Le toit a été 'simplifié'...

     

    5. Des élèves à Maloja en 1968

    Et quand la lumière le permet, on peut aisément lire l'ancienne fonction du bâtiment.

     

    Mais revenons à la séquestration de notre maître d'école bien aimé... 


    Une chose surprenante allait se passer cette année-là. Contrairement à notre attente, notre instituteur ne lutta guère contre notre meute d'élèves pressés d'obtenir quelque avantage scolaire...

    Une fois la porte de la classe fermée à double tour, il nous restait une grande question : quelle faveur allions-nous lui demander ? Des minutes de silence, des discussions houleuses nous divisaient... Quand soudain derrière la porte, une petite voix douce, presque angélique, nous suggéra l'impensable... 'Et si vous me demandiez d'aller aux classes de neige l'année prochaine ?' 


    Immédiatement dans le clan des geôliers, des voix s'élevèrent... 'Oui, c'est bien, cela !... C'est vrai ça... on ne sort jamais !... Bonne idée !' 

    Et la petite voix derrière la porte de poursuivre :  'Je peux sortir maintenant ?'

     

    5. Des élèves à Maloja en 1968

    Les lieux du rapt de nos jours : la classe de Monsieur Bero se trouvait contre le bâtiment de la salle. Les deux grandes fenêtres donnaient sur la classe et dans la petite annexe à droite se trouvaient le couloir d'entrée, le vestiaire et un petit local fermé pour le rangement. L'entrée se faisait par la cour qui se situait juste derrière.


    Visiblement, monsieur Bero avait aussi envie de sortir de sa classe, de son village, de son pays... Alors, c'était promis, c'était juré : nous irions donc en Suisse à Maloja l'année suivante.


    Durant le reste de l'année scolaire, tous nos esprits (déjà si souvent ailleurs qu'à l'école) étaient dirigés vers cette Suisse inconnue et vers ce milieu alpin que peu d'entre nous connaissait.


    Et il fallait préparer le voyage... Et d'abord, le payer... C'est pour cela que chaque semaine, nous apportions 50 francs à l'instituteur qui nous donnait un précieux timbre. Nous collions ces timbres sur une feuille qui, progressivement, nous dévoilait une carte de notre voyage... Et c'est bien là, à partir de cette carte, que s'est éveillé mon intérêt pour la géographie... Je ne savais pas encore qu'à ce moment-là, mon destin était tracé : je serais professeur de géographie et très certainement, je voyagerais. 


    Sur cette carte, je revois encore des noms de villes totalement inconnues : Thionville, Metz, Strasbourg, Mulhouse, Colmar, Bâle, Coire, Saint-Moritz...


    Les cartes géographiques faisaient désormais partie intégrante de mon univers... Je les lisais à la manière de celui qui dévore un roman...

    J'aimais lire Silvaplana, Inn, Sils, Davos, Bernina, Maloja, Engadine, Grisons, rhétique... Tous ces mots avaient une coloration si mystérieuse...

    C'est qu'un autre monde se dévoilait : celui des Alpes et de la montagne. Et nous préparions cela en classe, attendant avec impatience le grand jour du départ.


    Quand sommes-nous partis ? Avec exactitude, je ne peux vous le dire. Mais j'ai retrouvé dans mes archives une carte postale envoyée à mes parents et datée du 12 mars 1968. 


     

    5. Des élèves à Maloja en 1968

    Carte du 12 mars 1968... Remarquez le timbre suisse : Pour la vieillesse - Für das Alter - Per la vecchiaia 1917-1967... La Suisse semble avoir pensé à la condition de ses aïeux depuis longtemps... 


    Et nous voici donc en Suisse ! Nous sommes arrivés à Maloja et nous sommes hébergés dans l'immense Maloja Palace. Je n'avais jamais mis les pieds dans un pareil hôtel... Celui-ci me paraissait gigantesque, démesuré...


    5. Des élèves à Maloja en 1968

    Cet hôtel situé à quinze kilomètres de Saint-Moritz a été construit dans un style néo-renaissance en 1884 par un belge... Il s'agit d'un noble, né à Bruxelles le 9 juillet 1836. Son nom est Camille de Renesse-Breidbach. Il fait construire cet hôtel qui porte le nom à l'époque de Hôtel Kursaal de la Maloja. Les riches européens de l'époque s'y pressent. Mais Camille de Renesse fait faillite. Durant longtemps, dans le val Bregaglia à Maloja, une rumeur a circulé : le noble, étant ivre, serait tombé de la tour qu'il avait fait construire non loin de l'hôtel. En fait, le comte s'était installé à Nice. Il y a écrit quelques livres chrétiens et il y est mort le 12 juin 1904.

    (Photo de Georges Bero)


    Mais il est temps de parler des gens de Floreffe qui faisaient partie de cette expédition... J'ai retrouvé une photo prise dans le hall de l'hôtel... Nous étions dix garnements... Les voici... Souvenirs...


    5. Des élèves à Maloja en 1968

    (Photo de Georges Bero)

    L'équipe au complet !


    1 : Maurice Vernimmen habitait non loin de la chapelle Notre-Dame des Affligés avant que la nouvelle route ne la chasse en contrebas du carmel. Maurice est décédé il y a quelques années. 

    2 : Etienne Biral habitait dans la rue Hastir. Il est également décédé.

    3 : Georges VDV. habitait la rue Piconette près de la place communale. Il habite actuellement non loin de la gare de Floreffe près de mon domicile. 

    4 : Jacques H. habitait la rue Romedenne. Il est toujours à Floreffe où il tient un commerce bien connu !

    5 : Moi grignotant quelques ongles avant le repas du soir !

    6 : Roger B. habitait la rue Hastir. Roger et moi étions à l'époque très proches ; nos familles se connaissaient très bien.

    7 : Jean-Luc Biral, frère d'Etienne, également décédé il y a quelques années.

    8 : Camille W. habitait le Coriat, non loin de l'école. Il est revenu habiter le centre de Floreffe l'année dernière.

    9 : Benoît J. habitait au Crolcul. Il n'avait que quelques mètres à parcourir pour venir à l'école. Je pense qu'il habite à Franière.

    10 : Dominique L. habitait sur la place communale. Il est devenu instituteur à Floreffe... sur les pas de son cher maître Bero !  Il habite toujours le centre de la localité.


    Il y avait évidemment et avant tout les cours de ski... A cette époque, à Maloja, pas de remontée mécanique... Les cours se donnaient paisiblement sur quelques petites pentes proches de l'hôtel... Je n'étais pas très fort en gymnastique... De toute façon à l'époque, l'école ne possédait qu'un tapis (en fibres végétales très dures qui vous ôtaient immédiatement le goût de faire une roulade avant), un banc suédois, un plint et un bock...


    5. Des élèves à Maloja en 1968



















    Une de mes premières descentes... Tout droit comme un I... Par la suite, je ferai plus de glissades dans mes études que sur les pistes de ski... (photo de Georges Bero)


    5. Des élèves à Maloja en 1968


















    Au centre de la photo, notre école sur les skis... (photo de Georges Bero)


    5. Des élèves à Maloja en 1968





     

     














    Redescente... Encore plus raide que tout à l'heure ! Finalement, le ski ne sera jamais mon 'truc'... (photo de Georges Bero)


    5. Des élèves à Maloja en 1968




















    Il a fait tout ce qu'il a pu, le pauvre moniteur...  (photo de Georges Bero)


    Il y avait aussi des cours... Je me souviens surtout des découvertes faites sur le terrain... Je suis resté au fil des années quelqu'un qui aime apprendre dans des situations réelles en exerçant tous mes sens...


    5. Des élèves à Maloja en 1968




















    Un exercice sur le calcul des pentes... Vous avez certainement compris que les calculs ne m'intéressent vraiment pas... (photo de Georges Bero)


     

    5. Des élèves à Maloja en 1968

    Ici, même si on a de quoi écrire, on a l'esprit ailleurs... Vive la neige ! Au diable, les notes ! (photo de Georges Bero)

     

    Et voici le maître d'école posant avec ses diables d'élèves...

     

    5. Des élèves à Maloja en 1968

     Et c'est Benoït J. qui prend la photo... 


    Le soir, il y a peu de distractions... Alors, on écrivait aux parents, on achetait du bon chocolat suisse pour l'offrir à notre retour... Mais revenus dans nos chambres, nous le mangions...

    Cependant, je me souviens qu'on nous faisait chanter dans la grande salle du théâtre... C'est là que j'ai appris un canon de Jean-Sébastien Bach : Gelobet sei...


    Le temps du repas, moment privilégié... Car il fallait bien se tenir à l'époque... Pas de bêtises, pas trop de bruit... Nous avions intérêt à être bien polis...


    5. Des élèves à Maloja en 1968



     

     

     















    Ce soir, je sers la soupe ! (photo de Georges Bero)


    5. Des élèves à Maloja en 1968



















    A notre table, des filles ! Cela me rappelle que j'avais repéré une jolie Bruxelloise... Je m'en souviens bien... Vous la voyez ? C'est la jeune fille portant un pull bleu clair entre les deux fenêtres... Chaque fois que je la croisais dans les couloirs, je me contentais de rougir... (photo de Georges Bero)


    Merci encore à notre instituteur de nous avoir suggéré ce voyage scolaire pour retrouver la liberté... Monsieur Bero est décédé  il y a deux ans déjà...


    5. Des élèves à Maloja en 1968























    5. Des élèves à Maloja en 1968























  • Commentaires

    Aucun commentaire pour le moment



    Ajouter un commentaire

    Nom / Pseudo :

    E-mail (facultatif) :

    Site Web (facultatif) :

    Commentaire :