• 5. Lettre du 7 mai 1935

    DU COURRIER PROVENANT DU S.S. GROIX


    Une lettre pour Joséphine...


    En mer, ce 7 mai 1935


    Chère Joséphine,


    Je vous ai écrit et envoyé une lettre du Havre le 3 et de la Corogne le 5. Le bateau n'y est resté que deux heures et quatre heures à Vigo que nous avons quitté hier à 6 heures dans l'après-midi. Je ne suis pas descendu à aucun de ces deux ports, le temps étant trop court et le bateau ancré en rade.

    Le temps reste beau et la mer calme. Vigo se trouve situé assez bien à l'intérieur des terres. C'est un très beau site : d'assez hautes montagnes, boisées, d'aucunes abruptes et sans végétation, de magnifiques vallées habitées, des maisonnettes blanches aux toits rouges. Ce qui contraste très bien avec les lieux. La prochaine escale est Casablanca au Maroc que nous atteindrons demain 8 mai dans la matinée.

    C'est la dernière avant Rio.de.Janeiro où on compte arriver le 22 mai.


    Ce sera une longue et ennuyante randonnée. Tu ne recevras plus de nouvelles d'ici quatre à cinq semaines. En attendant que je t'envoie mon adresse exacte, que je ne possède pas, tu pourrais me donner des nouvelles au bureau des A.C.E.C (1) à Rio de Janeiro. Alphonse a pris l'adresse.


    Je suis ennuyé pour écrire. Mon porte-plume ne va plus du tout. Il allait si bien. Je crois qu'on m'a joué cinq lignes pendant que je l'ai laissé sur la cheminée à la maison (2). Et ce qui est le comble de l'histoire, je n'ai pas pris ni plumes ni porte-plume. J'en trouverai au Brésil.


    Au bateau, tout va bien. Bonne table et pas beaucoup de passagers : nous sommes 6 en 2ème classe. Il y en a 5 en première et environ 150 émigrants avec qui nous n'avons aucun rapport.


    Au moment même où je t'écris, nous nous trouvons devant le goulot du détroit de Gibraltar. Dans la matinée, nous avons dépassé le Cap Roca devant Lisbonne. A trois heures de l'après-midi, nous sommes passés devant le Cap Saint Vincent, à la pointe extrême du Portugal. En ce moment, les hauts rochers, nus, sans habitations, ni végétation quelconque, ne portant que les phares, ont disparu à l'horizon. Demain, nous verrons le continent africain.


    J'espère que ma lettre vous trouvera tous en bonne santé et que les gaillards vont reprendre les études avec ardeur. J'espère aussi, comme je le leur ai recommandé qu'ils s'y appliqueront de tout coeur et qu'ils mettront tout en oeuvre par leur conduite et leur application à te rendre la vie aussi agréable que possible. J'espère pouvoir y compter.


    Et Bucke (3) ? Sans doute qu'elle se bat toujours avec 'Ponponce' (4) ! J'ai toujours la mesure pour sa bague ! (5)


    Bien des compliments à tous, à Tintin et sa ligne, à li Mâr et ses gattes, à Titine (6) etc.


    Vous embrassant tous de loin, en attendant le retour,


    Bien à vous tous,


    Arthur Liénart.



    ____________________________________________________


    Notes


    (1) Les A.C.E.C de Charleroi : Arthur travaillait pour cette société. Le support de cette lettre est d'ailleurs un rapport d'avancement des travaux menés par un ouvrier monteur.


    (2)  Sacrés garnements !


    (3) Bucke : surnom donné à sa très jeune fille alors âgée de 7 ans... Elle deviendra ma mère...


    (4) Ponponce : surnom donné par Maman à son frère aîné Alphonse. Celui-ci commençait à exercer son métier de médecin dans la maison familiale.


    (5) Arthur avait promis une bague à sa fille. Maman l'a gardée précieusement toute sa vie.


    (6) Il adresse ses compliments à ses proches voisins : Célestin et sa ligne (Tintin pêchait volontiers), li Mâr et ses gattes (Maria, sa femme possédait des chèvres) et Titine (Henriette) était leur fille.


    Partie de la lettre envoyée


     

    5. Lettre du 7 mai 1935


    A table ! Voici le menu du dîner servi ce 7 mai 1935...


    5. Lettre du 7 mai 1935




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