• 7. Pellemont

    FLOREFFE (7)

     

     PELLEMONT

     

     

    Il y a déjà belle lurette que les Floreffois ont perdu l'habitude de donner un nom à cette colline si proche du centre du village et située en contrebas du site de l'abbaye...

     

    Pourtant, en 1527, on la nommait précisément et on écrivait Puleumont (1).

    Plus tard, un document de 1743 nous donnait l'information suivante  : "...maison et jardin nommé communément pellemont joignant du levant au chemin qui vat à la Sambre..." (1). 

     

    Puleumont... Pellemont... Il s'agit simplement de la colline sur laquelle est bâtie l'église paroissiale de Floreffe.

     

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    Pour bon nombre de Floreffois, elle évoque une éprouvante montée. Beaucoup l'ont gravie lors d'une communion ou encore lors de funérailles. Elle a connu son heure de gloire car actuellement les messes dominicales ne se célèbrent plus là-haut. On a préféré la chapelle du Carmel située à une altitude plus accessible aux paroissiens plus âgés.

     

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       Escalier ou route : il faut choisir !

     

    Allons-y... Gravissons-la, cette colline inspirée ! Tout comme celle de Maurice Barrès, elle est certainement dans la localité, un de ces lieux où souffle l'Esprit. En effet, tout en elle est empreint de religion et nous allons surtout la découvrir dans cet esprit.

      

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    Vous avez certainement remarqué que vous aviez deux voies pour l'escalader... L'escalier ou la route asphaltée. Choisissez celle qui vous plaira mais sachez tout de même que vous êtes sur un sentier de grande randonnée.

    Nous voici déjà arrivés au premier virage de ce sentier ! Dominant la pente, une potale nous accueille. En Belgique, une potale est une petite niche contenant une petite statue d'un saint généralement protecteur. Ici, cette potale est dédiée à Sainte Marie Madeleine et comme le précise l'inscription, elle est la patronne de la paroisse.

     

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     Potale dédié à Sainte Marie Madeleine, patronne de la paroisse de Floreffe

     

     

    A une dizaine de mètres de ce petit monument s'ouvre la grille du cimetière. Il s'agit d'un des deux cimetières entourant l'église. Celui-ci n'est pas le plus ancien, mais certaines tombes sont déjà bien intéressantes pour évoquer cet Esprit dont nous parlions tout à l'heure. Avant d'entrer dans le cimetière, arrêtons-nous quelques instants face à une stèle dévoilant un certain nombre de noms familiers aux habitants de Floreffe. En voici quelques-uns : Camille Giroul, Emile Romedenne, Célestin Thiry, Célestin Hastir, Adelin Remy... Des noms de rue, bien sûr mais souvenons-nous aussi que ces personnes ont combattu et ont perdu la vie lors de la première guerre mondiale.

     

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    On peut cliquer pour agrandir !

     

    Entrons dans ce cimetière... Certaines personnes me diront que cet endroit n'est vraiment pas gai... Non, ce n'est pas gai... mais ce n'est pas non plus nécessairement triste ou lugubre... Il suffit de savoir pourquoi on ouvre la grille de ce lieu... Il est donc là cet Esprit... Ici, nous allons découvrir ce cimetière comme un sentier de randonnée : le sentier de la découverte, de l'observation et du souvenir d'autrui.

     

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     Un cimetière ouvert sur une ligne d'horizon verdoyante.

     

     

    Ceinturant la colline, de vieilles tombes se succèdent le long d'une allée. C'est là que l'on peut retrouver aisément la tombe d'Emile Romedenne.

     

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    Dans ce cimetière bien entretenu, quelques tombes sont délaissées par les familles...

     

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    Mais du haut de leur colline, les défunts ont conservé un regard bienveillant sur la vallée des vivants...
     
     

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    Une vue imprenable sur la vallée de la Sambre et ses activités industrielles. Au centre, la ferme d'Hamptia.
     

    Une petite halte devant le caveau familial... Pour ceux qui ont suivi les aventures de mon grand-père en Chine, sachez qu'il est inhumé ici avec sa femme, ses deux enfants morts en bas-âge, sa fille Marie-Henriette et son mari José. 

     

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    Mais reprenons l'ascension... 

     

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    Près du petit chemin qui redescend vers la place de Soviret, arrêtons un instant près d'un des monuments les plus imposants du cimetière. Il s'agit du caveau de la famille Henroz.

     

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    Là sont inhumés Henri Joseph Henroz et des membres de sa famille. Il était industriel et était l'administrateur de la Compagnie de Floreffe et Jeumont. Cette compagnie était la glacerie de Floreffe située autrefois dans la rue Riverre. Cette glacerie produisait des verres spéciaux. Henri Joseph Henroz était né le 7 juillet 1817 à Champlon et il est décédé à Bruxelles le 6 mars 1891.

     

    Mais l'ascension de Pellemont ne s'arrête pas ici... Il faut encore monter... L'église paroissiale est en vue ! 

      

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    En passant devant l'urinoir paroissial, ayons une pensée pieuse pour les nombreux hommes qui ont dû se donner rendez-vous ici pour fumer une cigarette durant les offices qu'ils jugeaient trop longs... tout en prétextant un besoin naturel !

     

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    Parcourons encore quelques dizaines de mètres pour découvrir la façade de l'église paroissiale. Dans le paysage floreffois, le clocher de cette église paraît être le petit frère du clocher de l'abbatiale.... Il est vrai que leurs histoires respectives sont intimement liées. Un mot sur ce bâtiment : l'édifice est une église classique à trois nefs séparées. Les voûtes et les arcs sont ornés de moulures en stuc. Elle contient du mobilier des 17 et 18èmes siècles. Plus tard, dans la seconde moitié du 19ème siècle, on y a placé un jubé et des orgues (2). Ces dernières ont été placées par Pierre Schyven de Bruxelles avant 1884 (3).  

     

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    La tour de l'église a sans doute une origine romane, mais l'ensemble a été fortement remanié au 18ème siècle sous l'abbatiat de Jean-Baptiste Dufresne, l'avant-dernier abbé de Floreffe dont nous parlerons plus loin. Des écrits nous dévoilent que des travaux étaient en cours en 1771-1772.

     

    Ne résistons pas au plaisir de longer l'église et de découvrir la vallée de la Sambre... 

     

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    Le plus vieux cimetière de Floreffe est ici... Autrefois, les riches défunts étaient enterrés dans l'église. Mais le pavement de l'église paroissiale a été de nombreuses fois remanié... Il ne contient plus aucune pierre tombale. Les plus modestes paroissiens étaient inhumés autour de l'église sans aucune pierre... Il faudra attendre la fin du 19ème et le début du 20ème siècle pour voir apparaître les cénotaphes qui sont des monuments qui ne contiennent pas de corps. Alors le cimetière devient trop petit... On en ouvre un deuxième situé en contrebas de Pellemont. Dans les années 70, on en installera encore un autre au dessus du Tienne Saint Roch, bien loin du centre du village, bien loin de la Vie... 

     

    Les morts nous dérangent donc... Alors que faire ?

    Osons parcourir cet endroit comme un lieu de promenade dans le temps... Observons, écoutons... Arrêtons-nous un instant devant une tombe qui attire notre regard... Lisons... N'éloignons pas trop les morts... C'est eux qui font revivre l'histoire, notre histoire...

     

    Dès lors, osons l'observation d'une tombe... Et justement, en voici une qui est remarquable et qui mérite notre attention...

     

     

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    Il s'agit ici de la tombe d'une jeune fille de 17 ans décédée à Floreffe le 16 mai 1881. C'est un caveau muni d'une stèle en marbre blanc dominée par une petite statue de Notre-Dame de Lourdes. Une petite inscription nous signale que cette stèle a été fabriquée par un certain Louis Rouffette à... Jeumont en France (4). Voilà bien le genre de détail qui peut récompenser notre minutieuse observation d'un patrimoine qu'il faudrait protéger et mettre en valeur.

     

    Nous arrivons derrière l'église... Nous sommes donc à l'extrémité du choeur... Cette partie s'appelle le chevet et est intéressante car elle nous montre des vestiges de l'ancienne église.

     

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    Les trois fenêtres murées du choeur nous dévoilent des éléments gothiques. Avouons que cela vaut la peine d'exercer pleinement notre sens de l'observation !

     

    Et maintenant, tournons-nous vers la vallée...  N'oublions pas que nous sommes à près de 130 mètres d'altitude... Autant en profiter ! Et puis, Floreffe est si verdoyant !

     

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    Revenons vers l'entrée de l'église... Notre promenade n'est pas terminée ! En effet, il existe encore une partie du cimetière située juste en face de l'entrée de l'église. Voilà encore un lieu pour exercer nos talents d'observateur et découvrir l'histoire de la localité !

     

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    Ce vieux cimetière est tout chargé d'histoire également et il fait en quelque sorte la charnière entre le village et l'abbaye. Observons attentivement...

     

    Tout d'abord, en montant légèrement, on aperçoit une porte percée dans un long mur fait de moellons calcaires... Il s'agit du mur d'enceinte de l'abbaye. Par cette porte, deux mondes ont longuement communiqué : l'abbatial et le paroissial.

     

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    Néanmoins, on peut se demander pourquoi on a placé juste devant la porte une tombe. N'y a-t-il pas là l'expression d'une mauvaise communication entre le communal et le clérical en des temps plus récents ?

     

    Plus loin, c'est une photographie qui attire notre regard... Elle est placée sur un caveau moderne dans lequel on a placé les corps d'un père et de ses deux fils... Ils ont été victimes d'un accident de la circulation le 11 novembre 1951... Ils revenaient de la foire aux oignons à Givet...

     

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    Mais c'est à quelques mètres de là que se trouvent placées dans le mur de l'abbaye les tombes des derniers religieux de l'abbaye. Il s'agit là de stèles importantes et essentielles pour comprendre ce qui s'est passé durant les derniers jours de cette puissante abbaye. Elles sont au nombre de quatre et elles vont monopoliser toute notre attention !

     

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    Observons la première. Elle est ornée d'un fronton. 

     

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    Avec beaucoup de patience, on peut encore lire son message. Le voici... avec sa traduction (5) !

     

    HIC JACET                                                                ICI REPOSE

    QUIA REGI PLACET                                                    PARCE QU'IL A PLU AU ROI

    AMPLISSIMUS D. JOANNES                                          LE TRES EMINENT SEIGNEUR JEAN

    BAPTISTA DUFRENE QUI                                             BAPTISTE DUFRENE QUI

    HANC ABBATIAM 27 ANNIS                                         A REMARQUABLEMENT DIRIGE

    LAUDABILITER REXIT.                                                CETTE ABBAYE DURANT 27 ANS.

    OBIIT 8 JUNII 1791.                                                  IL EST MORT LE 8 JUIN 1791.

     

     

     

    ET CONSEPULTUS EST                                               ET EST ENSEVELI AVEC LUI

    F. LAMBERTUS GODFRIN                                            LE FRERE LAMBERT GODFRIN

    CONVERSUS. OBIIT 26 Xbris 1791.                              CONVERS. IL EST MORT LE 26 OCTOBRE 1791.

     

     

     

    RESQUIESCANT IN PACE                                            QU'ILS REPOSENT EN PAIX.

     

     

     

    D'emblée, des explications s'imposent... Tout d'abord, les deux premières lignes : ici repose parce qu'il a plu au Roi...

     

    Auparavant, les religieux de l'abbaye étaient inhumés dans l'abbatiale. Mais voilà, à la fin du 18ème siècle, pour des raisons évidentes d'hygiène, l'empereur Joseph II (6)  fit interdire l'inhumation dans les églises. En lisant cette épitaphe, on se rend que cette mesure n'est guère appréciée dans le monde des religieux.

     

    Mais qui est donc ce Jean-Baptiste Dufresne ?

     Jean-Baptiste Dufresne a été le 54ème et avant-dernier abbé de l'abbaye de Floreffe entre 1764 et 1791. Il est né à Courcelles (Hainaut) le 12 janvier 1729 au sein d'une famille profondément catholique. Quatre de ses frères se consacrent à Dieu... Après des humanités brillantes chez les Pères de l'Oratoire, à Thuin, il termine ses études de philosophie à Douai (France). Il prend l'habit religieux à Floreffe le 22 février 1750 sous l'abbé Dartevelle. Le 29 août 1751, il prononce ses voeux. On lui confie alors différentes fonctions qu'il réalise avec talent. Le 6 avril 1764, l'impératrice Marie-Thérèse (7)  le choisit pour gouverner l'abbaye de Floreffe malgré son jeune âge de 35 ans...

     

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      Portrait de l'abbé Dufresne

     

     

    Il autorise en 1765 les habitants de Buzet à construire une chapelle et une école. C'est lui aussi qui entreprend, en 1770, la restauration de l'église de l'abbaye. Il construit aussi le nouveau quartier abbatial. Il fait aussi rebâtir l'église paroissiale de Floreffe et répare l'église de Floriffoux.

     

     

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    Le nouveau quartier de l'abbé Dufresne : la construction a commencé en 1780.

     

    L'abbé Dufresne meurt subitement le 8 juin 1791 dans le refuge de l'abbaye de Floreffe (9).

     

    Le frère Lambert Godfrin qui est inhumé avec l'abbé Dufrene est un frère convers. Tout d'abord, un frère n'est pas un prêtre. Il ne peut donc pas célébrer l'Eucharistie. Ensuite, les frères convers sont chargés des travaux manuels. Ceci dit, le frère reste soumis à l'obéissance monastique.

     

    Observons maintenant la deuxième tombe. La stèle montre un calice dans la partie supérieure et une tête de mort dans la partie inférieure.

     

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    Voici ce qu'on peut y lire...

     

     

    HIC JACET                                                                      ICI GIT

    REVERENDUS DOMINUS                                                    LE REVEREND SEIGNEUR

    LUDOVICUS DEFROMENTAU                                              LOUIS DE FROMENTAU D'HODIMONT

    EX HODIMONT MONASTERII                                             RELIGIEUX ET TRES DIGNE      

    FLOREFFIENSIS RELIGIOSUS                                            ABBE DE L'ABBAYE

    ET DIGNISSIMUS ABBAS                                                  DE FLOREFFE.

    SACRAMENTIS ECCLESIAE                                                IL MOURUT A FLOREFFE

    MUNITUS OBIIT FLOREFFIAE                                            MUNI DES SACREMENTS DE L'EGLISE

    2 NOVEMBRIS AETATIS 82                                               LE 2 NOVEMBRE 1818

    ANNO 1818                                                                    AGE DE 82 ANS.

     

    R I P                                                                             QU'IL REPOSE EN PAIX.

     

    HIC JACET IBIDEM                                                          ICI REPOSE EGALEMENT

    REVERENDUS DOMINUS                                                   LE REVEREND SEIGNEUR

    FERDINANDUS LEGRAIN EX                                              FERDINAND LEGRAIN

    AUVELOIS MONASTERII                                                   D'AUVELAIS

    FLOREFFIENSIS RELIGIOSUS                                            RELIGIEUX DE L'ABBAYE DE FLOREFFE

    OLIM PASTOR VIGILANTISSIMUS                                      AUTREFOIS PASTEUR TRES VIGILANT

    SACRAMENTIS ECCLESIAE                                                IL MOURUT A FLOREFFE

    MUNITUS OBIIT FLOREFFIAE                                            MUNI DES SACREMENTS DE L'EGLISE

    20 MARTII AETATIS 81                                                    LE 20 MARS 1824

    ANNO 1824                                                                    AGE DE 81 ANS.

     

    RESQUIESCANT IN PACE                                                  QU'ILS REPOSENT EN PAIX.

     

    Et voici encore quelques explications... 

      

    Louis de Fromentau est le 55ème et dernier abbé de Floreffe de 1791 à 1818. Il est né à Hodimont, près de Verviers, en 1736 dans une ancienne et respectable famille. Son père est le trésorier général du duc de Lorraine. Quatre de ses frères deviennent prêtres. Deux de ceux-ci prennent l'habit religieux à Floreffe.

     

    Louis est admis à Floreffe le 8 mai 1757 et il prononce ses voeux le 23 novembre 1758. Il devient prêtre le 20 décembre 1760. C'est le 9 novembre 1791 que l'empereur Léopold II (8) le nomme au siège abbatial de Floreffe. 

     

    Louis de Fromentau vit avec ses religieux comme un père au milieu de sa famille. C'est ainsi qu'il prend ses repas en commun avec ses frères. Mais les problèmes commencent pour l'abbaye de Floreffe... En effet, le 20 avril 1792, la France déclare la guerre à l'Autriche. Nos contrées sont envahis par l'armée française. Le général Valence qui a établi son quartier général à Malonne s'empare de Namur. A Floreffe, on accueille les Français le mieux possible et une partie de l'abbaye est occupée par des soldats. Cependant, l'abbaye n'est pas confrontée aux pillages.

     

    En 1794, la bataille de Fleurus ruine notre contrée.

    L'abbé de Fromentau prend peur et se retire, avec sa communauté, dans sa maison de refuge à Namur (9). Dès que les effets de la Révolution française se font sentir sur notre région, la plupart des religieux de Floreffe émigrent en Westphalie. Seuls restent cachés dans la région quelques religieux chargés du ministère pastoral.

     

    Le 15 fructidor de l'an IV (le 1er septembre 1796), notre région est incorporée à la France et bientôt, on oblige les religieux à quitter l'abbaye. L'expulsion a lieu manu militari le 4 février 1797. Après ces événements douloureux, on vend l'abbaye, la ferme et le moulin pour le prix de 500.000 francs à Ferdinand Richald qui déclare que ses coacquéreurs sont Toussaint Martin, Charles Wauthier et un certain Louis de Fromentau... Ces personnes sont des religieux qui ont la sagesse de s'associer pour racheter quelques propriétés appartenant à l'abbaye.

     

    L'abbé de Fromentau se réfugie à la ferme d'Hampteau (Hamptia). Mais les temps ne sont guère favorables aux catholiques et aux communautés religieuses. Il décède à Floreffe le 2 novembre 1818. 
     
     
    Quant à Ferdinand Legrain qui partage son tombeau, on retiendra qu'après la mort de l'abbé de Fromentau, les religieux de Floreffe ont choisi de nommer un des leurs pour gérer les intérêts de la communauté. Le choix s'est porté sur Ferdinand Legrain, alors curé d'Aische-en-Refail. Celui-ci est né à Auvelais en 1743. Il est nommé président des religieux de Floreffe et pour trouver de l'argent, il se met à vendre tout ce qui est disponible : marbres, statues, reliquaires, tableaux, fers et boiseries en tout genre... Il est mort à Floreffe le 2 mars 1824. (10)
     
     
     
    Mais après toutes ces précisions historiques, revenons à nos tombes du cimetière... Il nous en reste deux à examiner...
     
     
     
    Voici donc la troisième...
     

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    La stèle montre des lettres qui ont été jadis dorées. L'épitaphe est entouré du texte du Psaume 40 :

     

    BEATUS VIR QUI INTELLIGIT SUPER EGENUM ET PAUPEREM

    IN DIE MALA LIBERABIT EUM DOMINUS

    DOMINUS CONSERVET EUM ET VIVIFICET EUM ET BEATUM FACIAT EUM

     

     

    HEUREUX L'HOMME QUI PREND SOIN DE L'EXCLUS ET DES PAUVRES

    AU JOUR DU MALHEUR LE SEIGNEUR LE DELIVRERA

    LE SEIGNEUR LE PROTEGERA, LE FERA REVIVRE ET LE RENDRA HEUREUX 

     

     

    On distingue aussi au dessus de l'épitaphe un calice et en dessous, une tête de mort. Ces détails sont fort atténués. Mais bonne nouvelle pour notre observation : l'épitaphe est en français !

     

    JESUS                         MARIA                           NORBERTUS

     

                                    ICI REPOSE

                         MONSIEUR LOUIS SERWIER

                    PRIEUR DE L'ABBAYE DE FLOREFFE

                           (ORDRE DE PREMONTRE)

                          MORT LE 21 JANVIER 1838

                               A L'AGE DE 83 ANS.

                                 BON RELIGIEUX

                               PRETRE VENERABLE

                    HOMME DE RETRAITE ET DE PRIERE

                                IL FUT EGALEMENT

                               L'AMI DES PAUVRES.

     

                                          R.I.P.

     

     

                   LE SEMINAIRE A POSE CETTE TOMBE

                       EN MEMOIRE DE SES BIENFAITS.

     

                                        PSALM 40

     

     

    Joseph Serwier est le dernier prieur de l'abbaye de Floreffe. Il est né en 1755. Le véritable prénom de ce prieur est Joseph et non Louis comme le montre l'épitaphe.

     

    Et nous voici enfin devant la dernière stèle ! 

     

    Nous retrouvons le même style que la précédente : un texte de Job entoure l'épitaphe.

     

    SCIO QUOD REDEMPTOR MEUS VIVIT ET IN NOVISSIMO DIE SURRECTUS SUM

    ET RURSUM CIRCUMDABOR PELLI MEAE ET IN CARNE MEA VIDEBO DEUM SALVATOREM MEUM.

     

    JE SAIS QUE MON REDEMPTEUR EST VIVANT ET QU'AU JOUR DE LA RENOVATION JE RESSUSCITERAI

    ET A NOUVEAU MA PEAU M'ENTOURERA ET DANS MA CHAIR JE VERRAI DIEU MON SAUVEUR. 

     

    JESUS                             MARIA                           NORBERTUS

     

     

                                          (calice) 

     

                                ICI REPOSE LE CORPS

                              DE MONSIEUR FRANCOIS

                                         STEVENS

                     RELIGIEUX DE L'ABBAYE DE FLOREFFE

                          CHANOINE DE LA CATHEDRALE

                                         DE NAMUR

                        NE A TIRLEMONT LE 25 MARS 1763

                      DECEDE A FLOREFFE LE 13 DECEMBRE

                                            1844

     

                                 Il fut ferme dans la foi

                                   Zélé pour la religion

                                 Bienfaiteur des pauvres

     

                                          JOB XIX

     

    Ce dernier religieux est encore connu à Floreffe puisqu'une rue porte son nom : la rue Chanoine Stevens dans le centre du village. François Stevens fait profession à Floreffe le 26 mars 1787.

     

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      Portrait du chanoine Stevens

     

    Après la mort de Joseph (Louis) Serwier, il occupe le quartier abbatial. C'est à lui que l'on doit la cession de tous les immeubles de l'abbaye de Floreffe aux séminaires de Namur et de Tournai ainsi qu'à la fabrique d'église de la cathédrale de Tournai, sous réserve d'une pension viagère. Il fonde de nombreuses bourses en faveur des futurs prêtres.

     

    Après toutes ces précisions historiques, reposons-nous un peu en admirant le paysage vers la vallée du Wéry...

     

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    Mais il est déjà temps de quitter Pellemont... Prenons le petit sentier qui redescend vers la place de Soviret... 

     

    Une ouverture dans le mur d'enceinte nous permet d'apercevoir sur l'autre versant de la vallée du Wéry, la chapelle Saint Roch. Avez-vous remarqué ? Nous sommes encore sur un chemin de grande randonnée... Les paysages de notre région sont si souvent surprenants... Apprenons à les apprivoiser !

     

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    Quelques larges marches pour arriver sur un sentier...

    Voilà le raccourci idéal pour redescendre vers la vallée du Wéry... Et déjà la place de Soviret se laisse découvrir... Nous y serons dans quelques instants !

     

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    Notes

     

    (1) On relira avec plaisir le livre de Jean-Marie PECTOR : 'HISTOIRE DE FLOREFFE' aux éditions Palate à Mettet (1973). C'est de cet ouvrage que j'ai retiré certaines informations historiques pour rédiger cet article.

     

    (2) Extrait du catalogue de l'exposition FLOREFFE / 850 ans d'histoire. Cette exposition a eu lieu en 1973.

     

    (3) Extrait des inventaires thématiques ORGUES DE WALLONIE édité par la Division du Patrimoine du Ministère de la Région wallonne - volume 3 : province de Namur - arrondissement de Namur (1997)

     

    (4)                                    Ici repose le corps de

                                                   Marie  HAUT

                                              pieusement décédée

                                         à FLOREFFE le 16 mai 1881

                                             dans sa 17ème année

                                         administrée des sacrements

                                       de notre mère la Sainte Eglise.

     

                                                          R.I.P.

     

    (5) Je tiens à remercier Jean-Loup Robaux de m'avoir fait passer d'excellentes vacances d'été en 1995. Ensemble, nous avons frotté les tombes pour les faire parler, nous avons décrit les différents monuments et nous avons retranscrit toutes les inscriptions que nous avons lues, souvent avec beaucoup de difficultés.  Ces notes m'ont permis de rédiger le présent article.

     

    (6) L'empereur Joseph II est né à Vienne le 13 mars 1741 et décédé dans cette même ville le 20 février 1790. Il est le fils aîné de François de Lorraine et de Marie-Thérèse d'Autriche. 

     

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      Joseph II du Saint Empire

     

     

    Ses réformes entraîneront pas mal de mécontements dans nos régions. Une révolte eut lieu en 1790 et on la nomma 'Révolution brabançonne'. En janvier 1790, les insurgés proclament l'indépendance des provinces belges. Mais, en décembre de la même année, une armée autrichienne vient mettre de l'ordre : elle réprime la révolution et rétablit le pouvoir impérial.

     

    (7) L'impératrice Marie-Thérèse de Habsbourg est née à Vienne le 13 mai 1717 et décédée dans cette ville le 29 novembre 1780. Elle est la mère de l'empereur Joseph II dont nous avons parlé plus haut. Elle a 16 enfants ( 11 filles et 5 fils). Dix enfants parviennent à l'âge adulte. 

     

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    Marie-Thérèse d'Autriche                                                                                                                      et son mari, François de Lorraine.

     

    Il est intéressant de savoir que, parmi ses nombreux titres, Marie-Thérèse est ...comtesse de Namur.

     

    (8) Léopold II succède à Joseph II. C'est le troisième fils de François de Lorraine et de Marie-Thérèse d'Autriche. Son nom complet est Pierre-Léopold de Habsbourg-Lorraine. Il est né au château de Schönbrunn le 5 mai 1747 et est mort à Vienne le 1er mars 1792. Une chose importante à savoir sur son règne est qu'il promulgue le 30 novembre 1786, une réforme du code pénal qui abolit la peine de mort. Il ordonne ensuite la destruction de tous les instruments destinés aux exécutions sur son territoire.


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      Léopold II, Empereur du Saint-Empire

     

    (9) Les namurois connaissent bien ce porche situé rue Bas-de-la Place à Namur, non loin de la place l'Ilon. Peu savent qu'il s'agit du porche du refuge de l'abbaye de Floreffe. Une date y figure : 1647. Il s'agit d'un bel exemple d'architecture namuroise du XVIIème siècle.

     

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       Le porche est ici dessiné par Henri Bodart en 1916.

     

     

    (10) Informations tirées du livre du Chanoine V. Barbier : "Histoire de l'abbaye de Floreffe de l'ordre de Prémontré"- Namur 1870.

     


  • Commentaires

    1
    Jo
    Mercredi 29 Juin 2011 à 23:22

    Merci Jean pour cet article.  Comme à chaque fois que je visite ton blog, j'apprends bien des choses sur notre si joli village.  Maintes fois, je suis passée devant la stèle rendant hommage aux anciens combattants, sans vraiment prendre le temps de m'y arrêter afin d'y lire les noms... Maintenant, le nom des rues aura un tout autre sens pour moi.

    J'ai hâte de revenir pour lire la suite de ton article.

    Jocelyne

    2
    lo
    Vendredi 8 Juillet 2011 à 00:45

    merci, oh oui un grand merci. je suis venue tout recemment pour des funerailles dans ce cimetiere. decidement je suis fan de votre blog !

    quant au livre de m pector, je dispose d un exemplaire. ce qui pour une expatriee est un veritable tresor ...

    a tres bientot pour la suite donc :)



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