• 8. Du 29 nov. au 3 déc. 1922

    LE VOYAGE D’ARTHUR LIENART EN CHINE (8)


    DU 29 NOVEMBRE AU 3 DECEMBRE 1922

     

     

    L'enterrement a lieu cet après-midi à 3 heures. La Compagnie sera représentée par son agent général de Spalato. Le consul italien y assiste. A 3 heures, le curé de la paroisse vient faire la levée du corps. Le cercueil est descendu par la grue du port. Le travail a cessé. Quatre magnifiques couronnes précèdent le cercueil qui est porté par le personnel du bateau. Les couronnes sont offertes par le personnel, par les officiers, par la Compagnie et par les usines de Spalato.

    Sitôt le cercueil déposé à terre, celui-ci est pris sur les épaules pendant que la sirène du bateau lance trois longs coups stridents, en signe d'adieu. Moment impressionnant. Suivent les officiers, le personnel et les matelots, les passagers (nous sommes trois), puis le personnel de l'usine, qui arrête pour la circonstance. Les chants se font en langue du pays : la langue croate. Au cimetière, la dernière bénédiction est donnée et le cercueil est ramené à la morgue où quelques mots d'adieu sont prononcés par un officier et la cérémonie se termine. On rentre à bord et... on n'en parle plus.

     

    Le travail reprend  et se termine à 2 heures du matin. A six heures, le bateau part pour l'usine de ciment de Sucu Kaïv(?) (4) à Sucurca pour y charger 4000 tonnes de ciment. Nous y restons jusqu'au vendredi à trois heures. Le travail de charge s'est effectué sans interruption jour et nuit. La cimenterie est une fort belle usine moderne construite pendant la guerre. Tout le travail y est mécanisé avec transferts aériens. La manutention est nulle. Le ciment s'amène automatiquement du moulin aux remplissages des sacs et des tonneaux. La tonnelerie est également automatique. Il faut une minute pour faire une tonne.

      

     

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    Gradnja tvornice cementa 'Dalmatia' - Pozdrav iz Kastel - Sucurca 

    Construction d'une usine de ciment 'Dalmatia' - Un bonjour de Kastel-Sucurca.

     

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    Pendant mon séjour, j'en profite pour descendre à terre, sans envie cependant d'une nouvelle aventure comme à Spalato. Je visite un beau petit pays nommé Sucurca (Succurac) (1). Une belle petite église aux autels en marbre et sculptés magnifiquement (2). Les maisons y ont un bel aspect extérieur, mais l'intérieur est délabré. J'entre au bureau du port, un grand bâtiment. Je pensais rentrer dans notre remise... Chariots, murs nus, escalier rudimentaire.

     

    La culture y est nulle. Le terrain est trop aride. On y cultive un peu la vigne et les olives. Le temps s'est beaucoup radouci. Je rentre à bord pour midi et à trois heures, le bateau lève l'ancre et s'éloigne lentement du quai. Bientôt, il se trouve dans la passe et à pleine vapeur gagne le large entre les îlots. Nous passons au large de Spalato, d'illustre mémoire. Son phare lance sur la mer ses feux bleus à interruptions rapides, comme un clignotement. La nuit tombe bientôt. 

     

     

    Le lendemain au lever du soleil, les côtes italiennes sont en vue, et vers huit heures, nous sommes devant Brindisi (3). Beau pays. Belle rade. Brindisi est une base navale pour la flotte italienne. Il y a aussi une station d'hydravions. Nous passons devant les batteries de la côte. Une citadelle s'avance dans la mer sur une roche surmontée de la T.S.F. près des bâtiments des arsenaux militaires.

      

     

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     Brindisi - Via Marina


    Deux croiseurs mouillent en rade. Un magnifique sous-marin passe près de nous. J'assiste au départ de deux hydravions, superbes appareils. Un coup strident de sirène retentit. Notre navire y répond. C'est un paquebot à passagers qui quitte le port. Notre bateau ralentit et le gigantesque navire passe à proximité. C'est l'Espéra de Naples, bateau de luxe. Il vient d'Alexandrie.

     

    A 10 h, nous accostons le quai. Un petit navire grec nous fait place au quai. L'arrêt est court. Nous partons à 2 h. Je descends à terre pour voir un peu la ville. C'est assez joli, pas bien grand. Rues larges. Beaux magasins. Il fait beau comme au début du mois de mai chez nous. Tout y est vert. Les oranges et autres fruits du Midi foisonnent ici. J'achète quelques cartes et à midi, je suis à bord.

     

    Tout de suite après nous, est arrivé à quai le vapeur Hélouan, de la même compagnie. Il a quitté Trieste hier vendredi à 1 heure et il repart à 2 heures pour Alexandrie, où il arrivera lundi après-midi. Superbe bâtiment de luxe. Bien chargé de passagers, il file à 40 km à l'heure tandis que nous en faisons 20 à 22 km à l'heure maximum.

     

     

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    L'Hélouan quand il servait pour le compte de la Lloyd Triestino. Il termina sa carrière en 1937.

     

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    Une pub de la Lloyd Triestino.

     

    A 1 heure et demi retentit un coup de sirène : c'est l'avertissement de l'Hélouan. A 1 heure 3/4, deux coups de sirène et finalement à 2 heures, trois coups. Immédiatement, le pont est levé et les amarres retirées et machine arrière, le bateau se place dans la passe. Vingt minutes après, il a disparu derrière les fortifications de la rade en route pour Alexandrie.

     

    Les mêmes avertissements sont donnés par notre bateau, le Fiume. A deux heures et demi, trois coups de sirène. Le pont est levé et le bateau se tire sur ses ancres au milieu de la passe. Cela dure une bonne demi-heure. A trois heures, il gagne le large à toute vapeur. Après avoir contourné les fortifications de la rade, j'aperçois avec mes lunettes, l'Hélouan filant à toute charge vers le sud-est.

    Le Fiume lui emboîte le pas mais bientôt il disparaît à l'horizon.

    Nous longeons à assez grande distance la côte italienne. Vers 8 heures du soir, un phare jette sa lumière blanche sur la mer à une grande distance, un feu blanc d'un quart de minute. C'est le phare de Sainte Marie (?) (4).

     

    Nous franchissons le Canal d'Ohirente (?) (4) et sommes bientôt dans la mer Ionienne. La mer est calme. Il y a un clair de lune un peu obscurci. La lune est cerclée. Nous dépassons l'île de Corfou dans la nuit. A six heures, l'île de Céphalonie (5) est en vue, puis l'île de Zante (6). Les deux appartiennent à la Grèce. La première, roccailleuse comme la Dalmatie renferme plusieurs villes et villages côtiers qu'on distingue très bien. 

    La journée reste sombre. Dans le courant de l'après-midi et à la soirée, une petite pluie fin commence à tomber. Le vent est assez fort et souffle du sud. C'est un bon vent pour les navigateurs, c'est le 'Sirocco' (7) et par ce vent, on n'a jamais de mer démontée. 

    Vers six heures du soir, nous apercevons un phare à grande distance. Sa lumière est vive. Les réflecteurs doivent être très puissants. Nous l'avons aperçu pendant quatre heures durant. Nous sommes à la pointe extrême de la Grèce. C'est le phare de l'île Sapienzi (?) (4). Dans le courant de la journée, nous avons cotoyé l'île de Strivoli (?) (4). A ce moment, j'ai pu apercevoir sur la ligne de l'horizon, les côtes du Péloponèse qui disparaissent bientôt dans la brume.

     

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    Notes

     

    (1) Sucuraj est un village de plus ou moins 500 habitants possédant un petit port. Il est situé à l'extrémité est de l'île de Hvar en Croatie.

     

    (2) Il doit s'agir de l'église Saint Ante Padovanski (St Antoine de Padoue).

     

    (3) Brindisi est une ville située dans les Pouilles en Italie. Elle compte actuellement 90 000 habitants.

     

    (4) J'ai beaucoup de difficultés pour déchiffrer l'écriture de mon grand-père. 

     

    (5) Céphalonie est un île grecque de la mer Ionienne réputée pour ses gouffres. C'est aussi la plus grande et la plus montagneuse des îles Ioniennes. Elle a été presque complètement détruite par un séisme en 1953.

     

    (6) Zante est la troisième en superficie des îles Ioniennes. Les Vénitiens l'occupèrent durant de nombreux siècles et lui donnèrent le nom de 'Fior di Levante' : la Fleur du Levant. On la nomme aussi Zakynthos.

     

    (7) Le Sirocco est un vent qui vient du Sahara. Ce vent peut transporter de très fins grains de sable jusque dans les Alpes.

     

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    Le Sirocco et la Méditerranée.

     

     


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