• 9. La machine à coudre de Joséphine

    VIEUX PAPIERS DE MEMOIRE (9)

     

    LA MACHINE A COUDRE DE JOSEPHINE

     

    Correspondances relatives à un achat effectué en 1914...

     

     

    Il y a bien longtemps déjà que la machine à coudre de ma grand-mère Joséphine a rejoint le magasin des outils au paradis des modistes.

     

    Car Joséphine était modiste... Un curieux mot pour désigner un des nombreux métiers disparus de nos villages... Joséphine créait des chapeaux. C'étaient des pièces uniques vendues aux dames et aux demoiselles de notre localité. 

     

    9. La machine à coudre de Joséphine

     

     

     

     

     

     

     

     Maman (à droite) et Joséphine (à gauche) en

     pèlerinage à Lourdes en 1952.

     

     

    Autrefois, ce métier était assez bien considéré dans les familles nombreuses. Il permettait à une jeune fille de faire son apprentissage chez une modiste du village.  C'était un métier manuel propre mettant en valeur la créativité, la précision et la patience. Pour l'exercer, la modiste n'avait pas besoin d'une grande surface de travail et dans le cas de ma grand-mère, la pièce du rez-de-chaussée de la maison familiale ouvrant sur la rue était à la fois magasin et atelier. Tout en travaillant, elle gardait un oeil attentif sur les enfants.

     

    Quand il écrivait au cours de ses nombreux voyages à l'étranger, Arthur précisait volontiers sur ses lettres le métier à la mode de son épouse...

     

    9. La machine à coudre de Joséphine

    Carte postale envoyée de Milan en novembre 1922.

    Arthur indique 'modes' en-dessous du nom de son épouse.

     

     

    Mais vous vous doutez bien que la modiste avait besoin d'un outillage particulier pour exercer ses compétences : il s'agissait d'une machine à coudre.

     

    J'ai bien connu la machine à coudre de ma grand-mère. C'était une petite table très lourde dont la base était munie d'une énorme pédale en métal qui mettait en mouvement la machine qu'y trônait. On aurait  cru que c'était un jouet pour adultes... Mais aussitôt, ceux-ci mettaient en garde les jeunes téméraires des réels dangers de ce surprenant et magique outil.

     

    Je n'ai pas de photographie de la machine de ma grand-mère. Néanmoins, j'ai déniché une photographie illustrant à merveille la machine que j'ai connue dans la maison familiale. La voici :

     

    9. La machine à coudre de Joséphine

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

    Source : photographie de Vincent de Groot

     

    De mes archives, j'ai exhumé trois documents relatifs à l'achat de cette machine.  Voici donc un premier papier de mémoire...

     

    9. La machine à coudre de Joséphine

     

    Laissons-le donc raconter son histoire...

     

    A la fin de l'année 1913, Joséphine s'était rendue à Fosses-la-Ville pour y acheter une machine à coudre. Dans cette localité se trouvait un agent commercial employé par Monsieur Hector de Bray. Ce dernier habitait Bruxelles comme le précise l'en-tête de cette lettre du 23 janvier 1914.

     

    En voici le contenu :

     

    Hector de Bray

    Bruxelles - 14, rue Joseph Coosemans - Bruxelles

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    VELOS & MACHINES A COUDRE

    MACHINES A TRICOTER D'HAENENS

    HORLOGERIE - ECREMEUSE

    Maisons à Fosses, Thuin & Ligny

     

    Bruxelles, le 23 janvier 1914

     

    Mademoiselle Léonart, modiste

                          à Floreffe.

     

                Suivant les instructions reçues par mon agent, j'ai l'honneur de vous faire savoir que je consens à vous accorder la réduction de cinq francs pour le payement au grand comptant de la machine à coudre que je vous ai fournie cette semaine.

     

                 Je vous ferai donc présenter le reçu de cent trente francs pour solde de compte par la poste, lundi prochain.

     

                  Je me ferai un plaisir de vous rendre visite lors de mon premier passage à Floreffe, afin de savoir si vous n'avez pas une nouvelle commande à me remettre ou à me renseigner.

     

                  En attendant ce plaisir, veuillez agréer, Mademoiselle, mes plus cordiales salutations.

     

    H. de Bray

     

    On remarquera que Monsieur de Bray commet une petite erreur dès le début de la lettre. En effet, il ne s'adresse pas à une demoiselle : ma grand-mère s'est mariée en 1905 et son nom n'est pas Léonart mais bien Liénart. 

     

    Le second document fait suite à ce qui est annoncé dans la lettre précédente : il s'agit du reçu de 130 francs.

     

     

    9. La machine à coudre de Joséphine

     

    On notera encore que Monsieur de Bray poursuit dans ses erreurs en écrivant Melle Léonart... Le reçu est établi le 24 janvier 1914 à Fosses. Les timbres ont cependant été oblitérés à Saint-Josse-ten-Noode le 24 janvier 1914 entre 15 et 16 heures. Ces quatre timbres de 10 centimes chacun représentent le Roi Albert et mentionnent en français et en néerlandais que l'on ne peut pas livrer le dimanche... Niet bestellen op zondag...

     

    9. La machine à coudre de Joséphine

     

     

     

     

     

     

     

     

      Le roi Albert 1er en 1914

     

     

    N'oublions pas non plus que nous sommes à la fin du mois de janvier 1914... Dans moins de sept mois, les Allemands auront envahi la Belgique...

     

    Voici enfin le troisième document que j'ai retrouvé :

     

     

    9. La machine à coudre de Joséphine

     

    Monsieur de Bray a rectifié une partie de ses erreurs... Il s'adresse toujours à une Mademoiselle mais elle s'appelle bien Liénart cette fois...  Et il écrit :

     

     

    Bruxelles, le 27 janvier 1914

     

                     Mademoiselle Liénart,

     

        Je suis en possession de votre estimée et je m'empresse de vous satisfaire en vous adressant ci-inclus le contrat de garantie de la machine que vous avez bien voulu m'acheter.

     

        Avec mes vifs remerciements, veuillez bien agréer, Mademoiselle, mes plus cordiales salutations.

     

                               H. de Bray

     

     

    Je ne sais si Hector de Bray a rendu visite à ma grand-mère à Floreffe... L'histoire s'arrête donc à ces trois documents... Mais je suis sûr que cette machine qui a traversé le XXème siècle dans la maison familiale a dû rendre pas mal de services et satisfaire la gent féminine floreffoise coiffée des beaux chapeaux de la belle époque... 


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