• 9. Lettre du 7 juillet 1935

    DU COURRIER EN PROVENANCE DE SABARA

     

     

    UNE LETTRE POUR JOSEPHINE...

     

     


    SERVIÇO AEREO "CONDOR"

    Sabara, 7 juillet 1935


    Chère Joséphine,



    Jeudi dernier 4 juillet, j'ai reçu les lettres de Floreffe du 8 juin 1935 et les journaux jusqu'au 29 mai (lettre d'Alphonse, Arthur, Albert et Bucke). Merci pour toutes les nouvelles.


    Ici, statu quo. D'abord la santé est bonne, le temps et le climat idéal. Le travail assez laborieux. La première machine est en bonne voie. Même les premières pièces de la deuxième sont prêtes et en montage.  


    Rien de spécial de la brousse ou plutôt des montagnes - très peu habitées mais qui ne manquent cependant pas de charme.


    Aujourd'hui, je suis à Sabara. Nous sommes venus passer le dimanche ici, le monsieur de la firme Riva de Milan et moi. Nous sommes partis hier soir de Taquarassu à 7 heures 30 et sommes arrivés ici vers 10 heures. Comme je te l'ai déjà écrit, la route qui y mène a été tracée par monts et vallées - travail de grande envergure - et réellement, même le soir, ce voyage - à part le côté rudimentaire du chemin - ne manque pas de charme. Nous y retournons demain lundi matin. C'est tout ce que l'on peut donner comme nouvelles sauf que l'on travaille ferme et, vu les conditions de situation rudimentaire, il y a lieu d'avoir la boussole bien orientée pour ne pas dériver de la ligne droite pour amener la barque à bon port.


    J'espère qu'à Floreffe tout continue à aller bien. Je vois par les lettres que les gaillards sont animés de bonnes résolutions. J'espère qu'ils continueront à les mettre en pratique et que bientot j'aurai le plaisir de recevoir d'excellents résultats de leurs examens. J'apprends aussi avec plaisir que les affaires d'Alphonse marchent bien (1). Il s'est décidé à prendre une moto. Le moyen de locomotion à vélo n'était guère possible mais attention la moto est dangereuse. Je n'aimerais pas beaucoup que les gaillards s'en servent. C'est trop dangereux et pour des natures quelque peu fougueuses, cela ne convient guère.


    Bien des compliments à toute la famille. Veuillez me faire savoir si les ACEC ont versé mes mensualités au reçu de cette lettre. Si non au reçu de votre prochaine lettre, je ferai une réclamation en règle. C'est de la négligence du bureau.


    Au revoir et à bientôt,

    9. Lettre du 7 juillet 1935




     


    UNE LETTRE POUR ALPHONSE...


    Mon cher Alphonse,


    Bien reçu votre lettre du 8 juin 1935. Merci pour toutes les nouvelles. J'ai reçu le 4 juillet une carte de Salzinnes du 14 juin. Voudrez-vous remercier Monsieur et Madame Vandendries - sans oublier Jeanne - pour leur délicate attention (2). Je voudrais bien envoyer de temps à autre une carte-vue, mais ici à Sabara même cela n'existe pas. Ce n'est qu'à Rio de Janeiro ou Belo Horizonte qu'on peut les trouver mais un voyage jusqu'à Belo Horizonte, c'est tout un problème pour l'instant. 

    Tous mes respects à Monsieur le Curé de Sovimont (3) et à Monsieur le Docteur Calozet. Vous avez acheté une moto. C'était quasi indispensable. Les trajets à vélo par tous les temps dans un pays accidenté ne sont guère possibles mais attention, tâchez de mener la machine mais ne vous laissez pas mener par elle. 

    Je n'aime pas beaucoup que les gaillards en usent car ils manquent encore quelque peu de sang froid. Je vous en laisse juge.

    Le climat est excellent ici. Altitude environ 670 mètres (à Taquarassu). Santé excellente. Travail laborieux et délicat mais cela marche. J'attends les photos promises. Bonne continuation.


    Papa.

     

    9. Lettre du 7 juillet 1935



    UNE LETTRE POUR ARTHUR ET POUR ALBERT...


    Mon cher gros et Bamboula (4),


    J'ai lu avec plaisir vos intéressantes missions. Je note surtout les bonnes résolutions prises et j'espère que vous me ferez le plaisir de la satisfaction de le prouver par de beaux succès aux examens.

    Vous aurez alors la satisfaction de pouvoir profiter de bonnes vacances bien gagnées, mais le tout ne se borne pas là. La vie, c'est un labeur continu qui ne souffre aucune interruption. Vous aurez certes le droit de vous reposer, de vous amuser. C'est entendu mais il faut de la volonté pour reprendre la tâche afin d'arriver au but final d'une façon quelque peu honorable. C'est alors que la réalité de la vie commence. Pendant vos vacances, vous vous reposerez, vous vous amuserez honnêtement. C'est permis, mais aussi vous ne lâcherez pas le travail. C'est le moment de profiter pour en faire le mieux dans les travaux du métier. Appliquez-vous tous les deux. Deux heures par jour ne sont certes pas de trop et tout le profit de se faire la main vous sera d'une incontestable utilité. Albert (5) surtout devrait s'initier à manier la lime et le burin. En plus, ne pas délaisser l'étude. Les théories électriques et mécaniques s'oublient si vite. Et puis, il faut seconder Maman dans tous les menus travaux qui se présentent à tous moments. Bref, j'espère avoir la satisfaction à mon retour que vous vous serez conduits comme de bons citoyens que vous deviendrez.


    Papa.

     

    9. Lettre du 7 juillet 1935



    UNE LETTRE POUR ANDRE ET MARIE-HENRIETTE...


    Mon cher André et chère petite Bucke,


    J'attends avec impatience les beaux résultats des examens de fin d'année (5). André, pas le dernier de sa classe et Bucke, pas la première... à moins que pour sortir de l'école pour rentrer à la maison. Cependant, travaillez bien mes petits amis et pendant les vacances, amusez-vous bien mais surtout obéissez bien à Maman afin qu'à mon retour, je puis apprendre avec plaisir que vous avez été tous bien sages.

    J'ai toujours la mesure de la bague de Bucke (6) dans mon coffre mais je vois que par celle qu'elle m'a donnée, son doigt a joliment grossi. Bref, on arrangera cela. Bucke soignera bien ses petits chats et les dressera surtout bien à la baguette. Elle aidera bien Maman dans ses travaux. Elle fera mes compliments à sa marraine et son futur parrain (7).


    Au revoir à tous et à bientôt,


    Papa.


    ___________________________


    Notes


    (1) Il faut encore rappeler qu'Alphonse, le fils aîné est docteur en médecine et il commence sa carrière en ouvrant un cabinet de consultation dans la maison de ses parents. Il est âgé alors de 25 ans. Notons tout de même qu'Arthur vouvoye son fils...


    (2) Jeanne est la fiancée d'Alphonse et elle habite encore chez ses parents à Salzinnes, à l'entrée de la ville de Namur.


    (3) Pour en savoir plus sur l'abbé Deroyer, veuillez lire l'article 4 de la rubrique 'Gens de Floreffe'.


    (4) 'Bamboula' est le surnom du troisième enfant, Arthur. Le second, Albert est souvent dénommé 'Le Gros'. A l'époque, Albert a 20 ans et Arthur a 17 ans. 


    (5) Les deux gaillards Arthur et Albert donnent l'impression d'être des adolescents quelque peu turbulents. Ils poursuivent tous les deux des études techniques à l'Institut Technique de Namur. On a l'impression que le papa Arthur s'en méfie...


    (6) Papa Arthur avait promis une bague à sa jeune fille Marie-Henriette. Il lui rapportera cette bague et elle la conservera précieusement durant toute sa vie. Cette année-là, André a 13 ans et sa petite soeur en a 7... Leur père quant à lui est âgé de 58 ans...


    (7) La marraine de Bucke est Henriette la voisine qui est fiancée à Marcel qui provient d'Hanzinelle. C'est leur maison que j'occupe aujourd'hui avec ma famille.

     


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