• 9. Retour à Notre-Dame d'Enhaive...

    SÉQUENCES DE VIE (9)

     

     

    BRÛLANT DE FIÈVRE LENTE...

    Retour sur un étrange pèlerinage à Notre-Dame d'Enhaive de Jambes

     

     

    Connaissez-vous la chapelle Notre-Dame d'Enhaive à Jambes, non loin de Namur ? 

    Il s'agit d'une petite chapelle située dans la rue d'Enhaive qui relie le centre de Jambes à la grande chaussée de Liège. L'école où je travaillais se situe à deux pas de là et je suis passé devant cet édifice durant plus de trente ans sans jamais y entrer... 

     

    9. Brûlant de fièvre lente...

     

    Il faut que je vous explique la raison de ce désintérêt. Dans ma mémoire rôdent toujours de surprenants souvenirs concernant cette chapelle.

    Remontons plus de cinquante années en arrière ! A l'époque, j'étais âgé de cinq ans et Maman m'emmena en ce lieu pour effectuer un curieux pèlerinage... 

      

    9. Brûlant de fièvre lente...

       Devant l'église Saint-Joseph à Namur, accompagné  par un Papa à l'allure

       bien sévère, une Maman  bien  souriante  qui  se cache  derrière son mari,

       ma cousine Claudine et ma tante Jeanne. Nous voilà au début des années

       soixante ! Souvenirs... Souvenirs...

       

     

     

     

     

     

     

       

    Je me souviens de cette chapelle entourée de grands chantiers. Nous avions escaladé des tas de sable pour y accéder sous un accablant soleil d'été. Il faisait trop chaud quand Maman et moi-même avons commencé à effectuer par trois fois le tour de cet édifice religieux. J'entends encore Maman réciter des prières. Et avant de commencer ce curieux périple, elle m'avait noué un petit mouchoir autour du poignet. Voilà donc les quelques souvenirs qui hantent encore ma mémoire... Je peux aussi vous avouer que cette religieuse excursion m'avait sérieusement énervé car j'éprouvais un affreux sentiment de honte...

     

    Pourquoi donc faire autant de simagrées à plus de dix kilomètres de notre bon vieux Floreffe qui, lui, ne manquait ni d'églises, ni de chapelles ?

    Pourquoi réaliser ce pèlerinage ici à Jambes ? Je connaissais bien Lourdes et Beauraing où Maman et ma grand-mère se rendaient pour quémander quelque faveur à l'autorité céleste. Mais ici, Maman avait-elle quelque chose à demander ? Etais-je donc malade ? Que se passait-il dans ma calme petite vie d'enfant ?

    Un demi-siècle plus tard, toutes ces questions me reviennent à l'esprit... Elles me replongent au plus profond d'une petite enfance, si lointaine et mal connue. Comment puis-je aujourd'hui savoir quel enfant j'étais ? Mais finalement, est-ce bien utile ? 

    Vous allez évidemment me conseiller une visite chez un psychologue ! Vous auriez raison mais je vous rassure : toutes ces questions ne me perturbent pas. Tout ceci est juste évoqué maintenant pour me permettre de faire vivre un peu d'histoire en levant un voile sur mon passé, en évoquant des pratiques religieuses d'une autre époque et en vous proposant quelques photos d'un patrimoine toujours vivant dans notre beau Namurois.

     

    Retournons donc ensemble sur les lieux... La chapelle est bien entretenue et la porte est ouverte, ce qui est assez rare à notre époque car le non-respect des lieux religieux a fait fermer définitivement ces endroits de méditation que les gens aimaient fréquenter assidûment jadis. 

     

    9. Brûlant de fièvre lente...

      

    9. Brûlant de fièvre lente...

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

    La chapelle Notre-Dame d'Enhaive à Jambes aujourd'hui...

     

     

    La chapelle en 1908 quand elle se situait dans les campagnes du village de Jambes...

     

    Ce qui étonne le visiteur aujourd'hui, c'est bien cet ensemble de lourdes pierres situé juste devant la porte d'entrée. Ancien autel ? Banc de communion ? Je n'en sais trop rien. Il permet néanmoins un temps d'arrêt quand les visiteurs sortent de la chapelle. C'est assez utile dans cette rue où les voitures roulent souvent bien trop vite.

    A l'intérieur, une lourde grille protège un chœur où trône une Pietà majestueuse qui représente la Vierge tenant son fils mort sur ses genoux. Nous voilà donc devant Notre-Dame d'Enhaive ! Cette statue de pierre polychrome est difficile à dater mais certains historiens la font remonter au XVIIème siècle.

     

    9. Brûlant de fièvre lente...

      

     

    9. Brûlant de fièvre lente...

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

    La dévotion mariale n'est donc pas éteinte ici à Jambes ! On peut d'ailleurs lire de nombreux témoignages de reconnaissance. Sous la forme d'ex-voto, ceux-ci tapissent les murs de la chapelle. 

     

    9. Brûlant de fièvre lente...

     

     

    9. Brûlant de fièvre lente...

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

    Un de ces ex-voto nous révèle qu'un pèlerin a confondu 'Notre-Dame d'Enhaive' avec 'Notre-Dame d'Adam et Eve' ! Une petite erreur qui montre une naïve piété populaire qu'il convient toutefois de respecter ! 

     

    9. Brûlant de fièvre lente...

     

    Pourquoi tous ces remerciements ? Qu'a donc réalisé Notre-Dame d'Enhaive ? Une recherche s'impose de toute urgence.

     

    C'est mon ami Jean qui m'a prêté l'autre jour un livre intéressant (1). C'est dans celui-ci que j'ai trouvé les réponses à mes nombreuses questions existentielles...

     

    Notre bonne Dame d'Enhaive est invoquée pour une bien curieuse maladie infantile : il s'agit de la fièvre lente. Oh ! Ne vous plongez pas dans vos modernes encyclopédies médicales ! Ce mal n'y figure même pas !

    Cette curieuse 'maladie' d'un autre âge atteint les enfants difficiles, pleurnichards et grincheux mais chez qui on a tout de même découvert un symptôme physique caractéristique : ils ont la partie charnue de la dernière phalange des doigts pointue et on constate également que les extrémités de leurs doigts se 'frisent' comme celles des personnes qui ont longuement travaillé dans une eau chaude et savonneuse (2) !

     

    Bizarre... Inquiétant... Ou peut-être franchement rigolo... Mais ce n'est pas tout !

     

    Quant aux causes de cette maladie, on peut s'amuser à les rechercher dans nos vieilles légendes. On raconte que ce sont des sorcières que l'on appelle dans notre région macrales qui donnent la fièvre lente aux nourrissons quand ils sont encore en état de péché originel. Mais pour pouvoir jeter ce sort, la macrale doit impérativement connaître le prénom de l'enfant. Voilà qui explique qu'autrefois, les mamans ne dévoilaient le prénom de leur enfant qu'à l'instant même du baptême qui leur rendait l'état de grâce et les mettait ainsi à l'abri des mauvais sorts (2) !

     

    Alors je me dis que si j'ai été la victime de ce 'mal', j'ai échappé au pire. En effet, il existait des remèdes redoutables. En voici un que je vous déconseille avec insistance de suivre :

    Appliquer en cataplasme au poignet les neuf éléments suivants serrés entre deux tissus pendant vingt-quatre heures : du savon noir, du sel, du poivre, de l'ail, des graines d'ortie, du vinaigre, de la farine de seigle, un œuf et de l'eau bénite. Après les vingt-quatre heures, on jetait le bandage en prenant garde de ne pas le regarder (2).

    Une fois encore, n'essayez pas ces 'remèdes' d'un autre âge !

     

    Mais revenons à Jambes... Ici, le pèlerinage consistait à faire trois fois le tour de la chapelle avec l'enfant ou avec un linge qu'il a porté. Pour accéder à la chapelle, un trajet est obligatoire : l'arrivée se fait par une rue et le retour doit se faire par une autre ! Le linge devait être déposé dans une corbeille prévue à cet effet. Une corbeille est encore présente dans la chapelle... C'est vraisemblablement là que Maman a déposé le mouchoir qu'elle avait serré autour de mon poignet...

     

    9. Brûlant de fièvre lente...

     

    Au diable les macrales et les rites magiques !

    Je ne sais si Maman se méfiait des sorcières mais ce qui est certain, c'est que sa grande foi était quelque peu teintée d'un soupçon de magie, d'une pincée de surnaturel... 

     

    9. Brûlant de fièvre lente...

     

    Et toi, petit d'homme, pourquoi étais-tu si souvent grincheux et si difficile ? Pourquoi es-tu resté aujourd'hui si triste ?

     

    9. Brûlant de fièvre lente...

     

    Laissons donc le mot de la fin à l'ami Descartes (3) qui, dans sa Correspondance, déclarait :

    'La cause la plus ordinaire de la fièvre lente est la tristesse."

     

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    Notes

     

    (1) Source : LE CULTE MARIAL A NAMUR, article rédigé par Renée Depasse-Lemaire et présenté dans l'ouvrage PIETE POPULAIRE EN NAMUROIS - Editions du Crédit Communal - 1989

     

    (2) Source : DELAIRESSE, Y., ELSDORF, M., Vieux remèdes de Wallonie et Ardenne, Noir Dessin Production, 2002, pp. 71-73.

     

    (3) René Descartes est un mathématicien, physicien et philosophe français né le 31 mars 1596 à La Haye, une commune d'Indre-et-Loire devenue aujourd'hui Descartes. Il est mort le 11 février 1650 à Stockholm.

    9. Retour à Notre-Dame d'Enhaive...

     

     

      

     

     

     

    © Jean-de-Floreffe.eklablog.com - ce samedi 8 février 2014

     


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